‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 258 sur 341 · ESSAIS DE NÉGOCIATION · texte numérisé non relu

ESSAIS DE NÉGOCIATION

trône de Pologne en faveur de Stanislas Leczynski, par un traité qu’il lui dicta dans Dresde. La diplomatie française fit de grands efforts pour gagner l'alliance offensive de Charles XII; mais Charles, tout en se montrant fort altier et fort menaçant envers l'Autriche, se souciait peu de s'engager dans la querelle d’Occident.

Ces incidents et le retour de fortune qui s’était manifesté en Espagne étaient loin de balancer les terribles revers de Brabant et de Piémont. Louis XIV sentait la France haletante près de s’abattre sous lui! Il essaya de négocier. Dès la fin de la campagne précédente, des avances indirectes avaient été adressées à certains membres des Étais-Généraux, qu’on croyait désireux de la paix. Helvétius, fameux médecin hollandais établi en France, avait été autorisé à faire savoir à ces députés que Louis XIV obligerait l'Espagne à céder Naples, la Sicile et Milan. Les Hollandais craignirent qu’on voulût seulement les séparer de leurs alliés et ne donnèrent pas dans ces ouvertures. Après les catastrophes de 1706, Louis, comprenant qu’il n’avait pas droit d'exposer la France à périr pour conserver la monarchie d’Espagne à sa maison, en vint à la pensée de faire céder par Philippe V l'Espagne et les Indes à Charles TT et la Belgique aux Hollandais, en gardant seulement les états d'Italie. L’électeur de Bavière, en octobre 1706, écrivit de la part du roi à Marlborough et aux États-Généraux, pour leur proposer des conférences. C'était le cas de revenir à la politique de Guillaume IIL. Les Hollandais y eussent été assez disposés, mais les autres alliés les en détournèrent, sous prétexte que le roi de France ne s’expliquait pas assez clairement. Louis ne pouvait s'expliquer nettement d’avance, de peur d’exaspérer les Espagnols. Les agents impériaux exploitèrent avec adresse cette difficulté. Marlborough les y aida et soutint, au nom de sa reine, que toute la succession d’Espagne devait rester à Charles IT. Heinsius, plein de préjugés contre la France, rendit un mauvais service à sa patrie en cédant, comme de coutume, à l'influence de Marlborough. On convint de poser à la France, pour tout préliminaire, le principe de la cession intégrale. Encore les Impériaux n’étaient-ils pas contents ; ils eurent bien l’effronterie d’insinuer l'érection des deux Bourgognes en royaume pour dédommager

Philippe V et la cession des Trois-Évêchés au duc de Lorraine !.

Il fallut continuer à combattre : on ne pouvait laisser reconstruire l'empire de Charles-Quint par les mains de l’Europe aveuglée.

Louis XIV leva vingt et un mille miliciens, outre les recrues qui comblèrent les vides de l’armée. Les ennemis augmentèrent aussi leurs forces, comptant mieux profiter de Ramillies et de Turin qu’ils n'avaient fait de Hôchstedt. Un grand succès politique venait encore de consolider le pouvoir des hommes qui gouvernaient sous le nom de la reine Anne : c’était l’acte d'umion entre l’Angleterre et l'Écosse. Malgré la répugnance du peuple écossais, blessé dans ses plus chères traditions nationales, le parlement d'Écosse avait consenti à se fondre dans le parlement anglais, et les deux nations, si longtemps ennemies, puis associées l’une à l’autre tout en gardant leur existence distincte, ne faisaient plus désormais qu’un seul corps politique, la GRANDE-BRETAGNE. La grande nation avait absorbé la petite (6 août 1706). Marlborough et son allié Godolphin en disposèrent d’autant plus librement du sang et de l’or anglais. Marlborough, aussi habile dans le cabinet que sur le champ de bataille, obtint un succès d’une autre nature; il débarrassa les alliés des craintes que leur inspirait le roi de Suède.

Charles XIT, plus sensible aux maux des luthériens d'Autriche que les alliés protestants ne l’avaient été à ceux des réformés français, exigeait que l’empereur rendit la liberté de culte à ses sujets protestants. Marlborough alla trouver Charles en Saxe et obtint qu'il n’entrât pas en Bohème; l’empereur céda, au moins quant à la Silésie, et courba la tête devant le superbe Suédois, pour avoir les mains libres contre la France et contre la Hongrie. Le trône de Hongrie avait été déclaré vacant dans une diète convoquée par Rakoczi {mai 1707)?. Les Hongrois brälaient leurs vaisseaux.

1, La Torre, t. IV, p. 273-331.

2. Un incident qui se passa près de nos frontières, attesta, sur ces entrefaites, l'opinion qu'avaient nos voisins de l’affaiblissement de la France. L'héritage de la principauté de Neufchâtel, débattu entre plusieurs concurrents, fut adjugé par le

conseil d'état de Neufchâtel au roi de Prusse, malgré l'opposition et les menaces de Louis XIV.

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