‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 260 sur 341 · VALENCE ET LÉRIDA REPRIS · texte numérisé non relu

VALENCE ET LÉRIDA REPRIS

manque de grosse artillerie, puis la nécessité d’envoyer du secours en Provence, empêchèrent d'entamer le siége de Lérida avant le milieu de septembre. Cette fameuse place, contre laquelle avait échoué autrefois le grand Condé, n’était pas fortifiée à la moderne; elle avait une double enceinte bastionnée, mais point de dehors ni même de fossé. La tranchée ouverte du 2 au 3 octobre, on put donner l'assaut dès le 12. La ville fut emportée et pillée avec un butin immense. On ouvrit la tranchée, le 16, devant le château. Les généraux ennemis firent quelques démonstrations à la tête d’une petite armée; mais ils n’osèrent attaquer les positions des assiégeants : le château de Lérida se rendit le 11 novembre. Une grande partie des montagnards catalans mirent bas les armes.

La marine française, bien que nous n’eussions pas de grande flotte en mer, avait contribué à empêcher les ennemis de se relever. Duguai-Trouin et Forbin, avec une escadre de douze vaisseaux et frégates, avaient attaqué un grand convoi qui portait en Espagne des troupes, des équipements, des munitions, sous l’escorte de cinq vaisseaux de ligne anglais. Trois de ces cinq vaisseaux furent pris; un quatrième, de quatre-vingt-douze canons, s’abîima dans les flammes avec tout son équipage et cinq ou six cents officiers qu’il portait à l’armée de Charles INT; beaucoup de transports furent enlevés (octobre). Forbin, avant ce combat, avait fait, cette année, un mal immense au commerce anglais et holilandais, qu’il était allé poursuivre jusque dans la mer Glaciale; il avait pris ou détruit près de cent navires.

La fortune avait favorisé Les Franco -Castillans sur la frontière de Portugal comme dans les états aragonais; Ciudad-Rodrigo avait été repris par assaut, le 4 octobre, avec perte de plus de trois mille hommes pour l'ennemi '.

La nouvelle d’Almanze avait partout ranimé le cœur des armées françaises, au début de leurs opérations, et fait espérer qu’on vengerait pleinement 1706.

Le plan du roi avait été d'envoyer Vendôme sur la Meuse, pour éloigner la guerre de notre frontière flamande, et de lancer Villars

1. Mém. de Berwick, t. I, p. 378-419. — Mém. de Forbin, p. 584-594. — Mém. da Puguai-Trouin, p. 641. — Quinci, t. V, p. 391-472.

sur l'Allemagne, comme on eût dû le faire dès le printemps de 1706. La défensive fut résolue du côté des Alpes. Quant aux alliés, Marlborough projetait d’envahir la Flandre française, après avoir complété la conquête de la Flandre espagnole; le margrave de Bareuth, successeur du prince de Bade, qui venait de mourir, devait attaquer l'Alsace; le duc de Savoie et le prince Eugène devaient assiéger Toulon avec le concours de la flotte anglo-batave, tandis qu'un corps parti de la Lombardie irait soulever Naples.

Le manque de fourrages et d’argent ne permit pas d’assembler assez tôt l’armée française des Pays-Bas pour aller attaquer Hui et Liége, comme on en avait le projet. Par un immense effort, Louis XIV était parvenu à donner à l’électeur de Bavière et à Vendôme cent vingt-quatre bataillons et cent quatre-vingt-treize escadrons, force supérieure à celle ded’ennemi; mais le souvenir de Ramillies pesait sur l'esprit du roi : Louis lia les maïns à Vendôme, qui brülait de combattre et qui communiquait son ardeur aux soldats. Vendôme, ne pouvant attaquer, empêcha du moins Marlborough de rien tenter, l’obligea même à reculer vers Louvain et reporta les campements français sur ces bords de la Gheete qui avaient été témoins de notre désastre. Des détachements réclamés pour la Provence affaiblirent l’armée, et Marlborough, à son tour, manœuvra de façon à ramener Vendôme vers la Sambre, puis vers l’Escaut; mais il n’y eut aucun engagement sérieux. Les Hollandais, de leur côté, retenaient Marlborough. Les maladies et la désertion enlevaient plus de monde aux alliés qu’aux Français. La campagne finit aux Pays-Bas dès le mois de septembre, avec un résultat purement négatif.

Les opérations furent plus vives en Allemagne, où Villars avait eu liberté d'agir. L'empereur, très-préoccupé de la Hongrie, n’avait fourni que des ressources médiocres au nouveau général âe l’armée du Rhin, Brandebourg-Bareuth; l’armée allemande était mal payée et en mauvais état dans ses vastes lignes de la rive droite, qui s’étendaient le long du fleuve depuis Philipshbourg jusqu’à Stolhofen, puis, en retour d’équerre, de Stolhofen aux Montagnes-Noires par Bühl. Le 22 mai, les lignes furent attaquées par quatre points à la fois : un corps français passa le Rhin sur

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