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VICTOIRE DE BUHL. NAPLES PERDU

des bateaux à l’île de Neubourg, entre Hagenbach et Lauterboursg ; un second gagna la rive droite par l’ile du Marquisat, entre Fort-Louis et Stolhofen ; un troisième détachement favorisa cette double descente par une fausse attaque sur l’île de Dahlund, audessus de l’île du Marquisat. Villars, pendant ce temps, avait traversé le Rhin à Kehl avec le reste de l’armée et prenait les lignes à revers par Bühl. Le succès fut complet : l'ennemi s'enfuit dans les montagnes, abandonnant artillerie, bagages, munitions, et ne s'arrêta qu’au delà du Necker. Les lignes furent rasées; la Souabe et une partie de la Franconie mises à contribution. Villars marcha sur Stuttgard, passa le Necker et rançonna tout le pays jusqu'au Danube. Les ennemis eurent beau se rallier et se grossir des tardifs contingents de l'Empire, ils ne purent empêcher Villars de mettre à contribution le Bas-Necker, puis le pays entre le Danube et le lac de Constance, et de se maintenir outre Rhin jusqu'aux quartiers d'hiver. Les partis français avaient couru en vainqueurs jusque sur le funeste champ de Hôchstedt. Les cercles de Souabe et de Franconie, et le Palatinat transrhénan, durent regretter d’avoir repoussé naguère la neutralité offerte.

De légers avantages obtenus en Hongrie et en Transylvanie, et dus en partie au concours des Croates, qui avaient fini par suivre l'exemple des Raïtzes et par repousser les avances de Rakoczi, offrirent à l’empereur, mais non point à l’Allemagne, une imparfaite compensation.

Vers les Alpes et dans la Basse-Italie, les alliés n’avaient pas été arrêtés court ainsi qu’aux Pays-Bas, ou prévenus par une attaque victorieuse comme sur le Rhin. Ils avaient réalisé leurs plans offensifs avec des succès très-divers. Une petite armée impériale de huit à dix mille hommes avait traversé les états du pape en extorquant son consentement, pénétré dans le royaume de Naples, occupé Capoue le ? juillet et Naples le 7, aux acclamations populaires. Les trois châteaux de Naples furent livrés par le gouverneur, grand seigneur napolitain. La plupart des troupes hispanonapolitaines passèrent à l'ennemi. Les moines étaient tous hostiles à Philippe V, comme en Catalogne, et l'archevêque de Naples, frère du commandant des trois châteaux, avait été la tête du complot. Les agents impériaux avaient promis aux conspirateurs,

de la part de Charles IIT, que les étrangers seraient exclus de toutes charges et bénéfices dans le royaume de Naples. Ge n’était point l'amour des princes autrichiens, mais la haine de la domination espagnole et le désir de l’indépendance qui avaient entrainé la noblesse et le clergé napolitain. La défaite de Charles IT en Espagne était précisément ce qui les rattachait à lui; ils espéraient avoir un roi de Naples. L’Abruzze et la Calabre hésitèrent d’abord à suivre le mouvement de la capitale. Le vice-roi espagnol, réfugié dans Gaëte, s’y défendait assez énergiquement; mais la révolte d’un régiment catalan l’obligea à se rendre, le 30 septembre, et tout le royaume alors se rangea sous la loi autrichienne. Les Impériaux attaquèrent ensuite les présides de Toscane; Orbitello leur fut livré en décembre 1707 et ils prirent Piombino le 18 janvier 1708. Porto-Ercole et Porto-Longone résistèrent. N

L'Italie offrait ainsi à la maison d'Autriche un dédommagement des pertes qu’elle essuyait en Espagne.

Tandis qu’un détachement autrichien avait marché sur Naples, le gros de l’armée austro-piémontaise s'était porté contre le midi de la France. La défense de la frontière du sud-est avait été confiée au maréchal de Tessé, avec un corps d’armée composé en grande partie des garnisons capitulées qui revenaient de Lombardie. Tessé avait une très-grande étendue de pays à garder; car la distribution des troupes ennemies en Piémont donnait des inquiétudes tout à la fois pour la Savoie, le Dauphiné et la Provence. Tessé, dans sa correspondance avec le roi et le ministre, se montrait peu rassuré : ses troupes étaient affaiblies et mal en point, surtout la cavalerie; l'argent ne venait pas; les soldats, et même beaucoup d'officiers, étaient réduits au pain de munition et à l’eau; la misère des populations était bien plus cruelle encore et Tessé les voyait si abattues, qu’il n’en espérait pas de résistance contre l’invasion; « le peuple, écrivait-il, n’a ni de quoi avoir un fusil, ni de quoi se fournir d’une livre de poudre. » Le roi encouragea Tessé, lui promit des ressources et des renforts et lui envoya des mémoires demandés au vieux Catinat, qui fit entendre pour la dernière fois, dans ces graves circonstances, sa voix patriotique.

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