‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 262 sur 341 · LA PROVENCE ENVAHIE · texte numérisé non relu

LA PROVENCE ENVAHIE

Ge fut seulement dans les derniers jours de juin, que le plan des ennemis se dessina par la concentration de leurs forces vers les cols qui débouchent du Piémont dans le comté de Nice. Dès qu’ils attaquaient par Nice, Toulon était leur but évident : c'était sur notre grand arsenal maritime du midi qu’ils dirigeaient leurs coups. Le petit corps français qui occupait Nice, ne pouvant être secouru à temps, évacua ce comté en laissant des détachements dans Villefranche, Montalban et Sospello, et se replia sur le Var. Tessé ordonna à la plupart des troupes réparties en Savoie et en Dauphiné de marcher sur Toulon et accourut dans cette ville, qu’il trouva bien en défense du côté de la mer, mais fort mal du côté de la terre (10 juillet). La place n’avait point de courtines terrassées et l’on commençait seulement de travailler à lui improviser un chemin couvert. Le glacis était semé de bastides et de couvents, qu'on démolit à la hâte. On ne pouvait sauver Toulon qu’en établissant un camp retranché sous les remparts et en défendant les hauteurs qui commandent la place. Tessé repartit afin de presser la marche des troupes. L’ennemi, cependant, descendu dans le comté de Nice par le col de Tende, avait pris Sospello le 6 juillet, puis s'était porté droit à l'embouchure du Var, en laissant une réserve derrière lui pour achever de recouvrer les forteresses nissardes. Trente mille fantassins et huit mille cavaliers se déployaient le long de la côte, appuyés par une flotte anglo-batave de quarante-hüit vaisseaux de ligne, sans compter les frégates, les galiotes et les nombreux transports chargés d'artillerie et de munitions. Le petit corps français qui s’était replié sur le Var, attaqué de front par une forte colonne qui tentait de passer à gué, menacé sur ses flancs, du côté de la mer, par des chaloupes canonnières, du côté des montagnes, par des troupes qui avaient franchi le Var plus haut, se retira en bon ordre, sauf quelques milices du pays qu'on lui avait adjointes et qui se débandèrent (11 juillet). Ce corps ne fut pas davantage en état d'arrêter l’ennemi au défilé de l’Esterelle, entre Cannes et Fréjus, lieu fameux par le désastre de Charles-Quint, et ne put que se retirer sur Toulon. Le due de Savoie et le prince Eugène entrèrent à Fréjus le 17 juillet. L’amiral Showell était déjà devant les îles d’Hières. Les troupes françaises arrivaient, de leur côté, à marches forcées, des bords de

l'Isère et de la Durance. Toulon était disputé à la course entre les deux armées.

Vis-à-vis d’un adversaire tel qu'Eugène, il semblait qu’on fût vaincu d'avance, dans une lutte de cette nature; heureusement, Eugène n’était pas seul. Le duc de Savoie, qui n’avait jamais pu s'entendre longtemps avec personnne, ne s’entendait ni avec Eugène ni avec l'amiral anglais. Les ennemis perdirent trois jours à Fréjus pour attendre une portion de leur artillerie qui venait par terre ; puis ils mirent six jours à faire le trajet de Fréjus à Toulon et ne vinrent camper devant To”lon, entre La Valette et le bois de Sainte-Marguerite, que le 26 juulet. Trois divisions françaises, que les ennemis croyaient bien loin encore, étaient arrivées à Toulon du 22 au 25 et douze mille soldats occupaient, soit le camp retranché de Sainte-Anne, entre la ville et les montagnes, soit les sommets des montagnes mêmes ; quatre ou cinq mille autres soldats de terre ou de marine et cinq mille matelots exercés au maniement du canon gardaient la ville et le port. Cinquantetrois vaisseaux de ligne, désarmés, avaient été coulés dans le port pour les mettre à l’abri du bombardement : on n’en avait conservé que deux au-dessus de l’eau , eu les échouant pour en faire des batteries. Des galiotes, des brülots, des bateaux plats, défendaient l’entrée de la petite rade, et les galères de Marseille croisaient sur la côte pour empêcher les débarquements des bâtiments légers. Un petit corps de cavalerie, de gardes-côtes et de milices occupait les gorges d’Ollioules afin de maintenir les communications avec Marseille.

Quand Eugène connut l'état réel des choses, il jugea le succès tellement difficile, qu’il proposa de renoncer au siége. Le duc de Savoie s’obstina et la flotte débarqua cent vingt canons et un grand nombre de mortiers. Dès le 26, le jour même de leur arrivée, les ennemis s'étaient emparés de la cime du Faron, le point le plus élevé des montagnes toulonnaises ; Le 30, ils emportèrent la hauteur de Sainte-Catherine, beaucoup plus rapprochée de la ville ; le 3 août, ils occupèrent la colline de La Malgue, qui domine les deux rades, et ils établirent des batteries sur Sainte-Catherine et sur La Malgue. Là s’arrêtèrent leurs progrès. Toulon n’était encore assiégé que d’un seul côté ; pour investir la ville et le camp

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