‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 27 sur 341 · Mém. du duc de Bourgogne, Loc. cit · texte numérisé non relu

Mém. du duc de Bourgogne, Loc. cit

[1685] LA REVOCGATION 47

coûterait pas même cette goutte de sang dont parlait le roit.

Le vieux chancelier Le Tellier, déjà en proie à la maladie qui devait le conduire au tombeau, rédigea d’une main défaillante la fatale déclaration, que le roi signa le 17 octobre ?.

Louis prétendait, dans ce préambule, ne faire que continuer les pieux desseins de son aïeul et de son père pour la réunion de leurs sujets à l’Église. IL s’exprima sur l'Édit perpétuel et irrévocable de Henri IV comme sur un règlement temporaire. « Nos soins, « dit-il, depuis la trêve que nous avons facilitée à cet effet, ont eu la fin que nous nous sommes proposée, puisque la meilleure « et la plus grande partie de nos sujets de la religion prétendue « réformée ont embrassé la catholique, et, d'autant qu’au moyen « de ce, l'exécution de l’Édit de Nantes... demeure inutile, nous « avons jugé que nous ne pouvions rien faire de mieux, pour effa- « cer entièrement la mémoire des maux que cette fausse religion « a causés dans notre royaume, que de révoquer entièrement ledit « Édit de Nantes, et tout ce qui a été fait depuis en faveur de la- « dite religion. »

Suit l’ordre de démolir incessamment tous les temples de ladite religion situés dans le royaume. — Défense de s’assembler, pour faire l'exercice de ladite religion, en aucun lieu, maison particulière ou fief, à peine de confiscation de corps et de biens. — Injonction à tous ministres de ladite religion, qui ne voudront pas se convertir, de sortir du royaume sous quinze jours, avec diverses faveurs à ceux qui se convertiront. — Interdiction des écoles particulières pour l'instruction des enfants de ladite religion. — Les enfants qui naîtront de ceux de ladite religion, seront dorenavant baptisés par les curés des paroisses, à peine de 500 livres d'amende, et de plus grande, si le cas y échet, contre les parents, et seront ensuite les enfants élevés en la religion catholique. — Un délai de quatre mois est accordé aux religionnaires fugitifs pour rentrer dans le royaume et recouvrer la possession de leurs biens ; ce délai passé, les biens demeureront confisqués. — Nouvelle défense aux religionnaires de sortir du royaume, à peine de galères pour les hommes et de confiscation de corps et de

1. Lettres de madame de Maintenon, ap. Rulhière, p. 220. 2. Et non le 18, comme le disent les historiens. V. Mém. de Foucault, p. 294.

48 LOUIS XIV. (1683) biens pour les femmes ‘. Confirmation des déclarations contre les relaps.

Un dernier article, obtenu probablement par les représentations des Colberts, statue que les religionnaires, « attendant qu'il plaise à Dieu les éclairer comme les autres, pourront demeurer dans le royaume, pays et terres de l’obéissance du roi, y continuer leur commerce et jouir de leurs biens, sans pouvoir être troublés ni empêchés sous prétexte de ladite religion ?. »

L'Éorr pe Révocarion fut expédié en toute hâte aux gouverneurs et aux intendants, sans attendre l’enregistrement, qui eut lieu au parlement de Paris le 22 octobre. Les intendants furent prévenus de ne pas permettre aux ministres qui abandonneraient le royaume de disposer de leurs immeubles ni d'emmener leurs enfants au-dessus de l’âge de sept ans ; monstrueux démembrement de la famille opéré par unè volonté arbitraire qui ne reconnaissait plus ni droits naturels ni droits civils ! Le roi recommanda quelques ménagements envers ies gentilshommes, les gros marchands et gens de manufactures; il ne désirait pas qu'on s’opiniàtrât « à les faire convertir tout de suite jusqu’au dernier. par des violences considérables ?. »

Le ton des instructions ministérielles: changea bien vite, à la réception des dépèches qui annoncèrent l'effet de l’édit dans les provinces. Cet effet nous en apprend plus sur la situation des populations dragonnées que ne pourraient faire les plus sinistres récits. L’édit qui proscrivait le culte réformé, qui interdisait à la religion protestante de se perpétuer en lui arrachant les enfants à naître, fut accueilli presque comme un bienfait par les protestans demeurés fidèles à leur croyance. Ils virent, dans le dernier article de l’édit, la fin de la persécution, et, fiers d’avoir soutenu l'orage, ils réclamèrent la tolérance que le roi leur promettait et l’éloignement de leurs bourreaux. Les nouveaux convertis, qui, persuadés que le roi voulait forcer tous ses sujets à professer sa

1. Ceci fut interprété, qnant aux femmes, comme emportant la détention perpésuelle et non la mort. Mém. de Foucault, p. 320.

2, Hist. de V'Édit de Nantes, t. V, Preuves, p. 184.

3. Lettres de Louvois à Foucault, intendant de Poitou, du 17 octobre; — à Marillac, intendant de Rouen, du 21 octobre; — au due de Noaïlles, du 28 octobre, ap. Rulhière, p. 225-226.

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