LA RÉVOCATION
religion, avaient cédé par surprise, par crainte, par défaut de constance dans la souffrance, ou par un motif plus respectable, par le désir de soustraire leurs familles à la licence du soldat, laissèrent éclater leurs regrets et leurs remords, et ne voulurent plus aller à la messe.
Tous les chefs des dragonnades, les Noaiïlles, les Foucault, les Basville, les Marillac, se plaignirent amèrement d’une mesure qui leur était inutile quant à la démolition des temples et à la prohibition du eulte et très-nuisible quant au progrès des conversions. Ils avaient compté faire disparaître le culte en convertissant tous les croyants. La Révocation de l’Édit de Nantes péchait donc à leurs yeux par excès de modération ! Louvois s’empressa de les rassurer à cet égard, et les autorisa à faire comme si le dernier article de l’édit n'existait pas: « Sa Majesté», manda-t-il, «veut qu’on fasse sentir les dernières rigueurs à ceux « qui ne voudront pas se faire de sa religion, et ceux qui auront « la sotte gloire de vouloir rester les derniers, doivent être « poussés jusqu’à la dernière extrémité... — Qu'on laisse, « dit-il ailleurs, vivre les soldats fort licencieusement !.… » (Novembre 1685‘).
Le roi cependant ne l’entendait pas ainsi et prétendait qu’on persécutât avec méthode et gravité ?. Mais on ne s'arrête pas à volonté dans le mal : l’abîme attire l’abime. On avait ouvert la carrière aux passions brutales et cyniques, à l’esprit de délation, au fanatisme bas et méchant ; les infamies dont se souillèrent les agents subalternes rejaillirent, et sur les chefs, qui ne les réprimèrent point, et sur ce gouvernement si fier, qui ne rougissait pas d’ajouter à l’odieux de la persécution la honte de la
1. Hisi, de V'Édit de Nantes, t, V, p. 869. — Noaïlles, Hist, de madame de Maïntenon, t. II, p. 488. — Foucault n’avait pas attendu les nouvelles instructions de Louvois. Il avait convoqué, le 2 novembre, ce qui restait de gentilshommes non convertis dans le Haut-Poitou, et leur avait déclaré que « c’est une illusion qui ne peut venir u que d’une préoccupation aveugle, de vouloir distinguer les obligations de la « conscience d'avec l’obéissance qui est due au roi. » Il avait protesté contre ceux qui prétendaient tirer, d’un certain article de l’édit, « cette conséquence que Sa . Majesté les laisse en liberté de conscience, dans le temps qu’elle la leur ôte for- « mellement ». Mém. de Foucault, p. 305-306.
2. Lettres citées par Noailles, t. II, p. 470. Le roi ordonne qu’on pende les dragons qui pilleront; mais on ne voit pas qu’il y en ait eu un seul de pendu.