‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 28 sur 341 · LA RÉVOCATION · texte numérisé non relu

LA RÉVOCATION

religion, avaient cédé par surprise, par crainte, par défaut de constance dans la souffrance, ou par un motif plus respectable, par le désir de soustraire leurs familles à la licence du soldat, laissèrent éclater leurs regrets et leurs remords, et ne voulurent plus aller à la messe.

Tous les chefs des dragonnades, les Noaiïlles, les Foucault, les Basville, les Marillac, se plaignirent amèrement d’une mesure qui leur était inutile quant à la démolition des temples et à la prohibition du eulte et très-nuisible quant au progrès des conversions. Ils avaient compté faire disparaître le culte en convertissant tous les croyants. La Révocation de l’Édit de Nantes péchait donc à leurs yeux par excès de modération ! Louvois s’empressa de les rassurer à cet égard, et les autorisa à faire comme si le dernier article de l’édit n'existait pas: « Sa Majesté», manda-t-il, «veut qu’on fasse sentir les dernières rigueurs à ceux « qui ne voudront pas se faire de sa religion, et ceux qui auront « la sotte gloire de vouloir rester les derniers, doivent être « poussés jusqu’à la dernière extrémité... — Qu'on laisse, « dit-il ailleurs, vivre les soldats fort licencieusement !.… » (Novembre 1685‘).

Le roi cependant ne l’entendait pas ainsi et prétendait qu’on persécutât avec méthode et gravité ?. Mais on ne s'arrête pas à volonté dans le mal : l’abîme attire l’abime. On avait ouvert la carrière aux passions brutales et cyniques, à l’esprit de délation, au fanatisme bas et méchant ; les infamies dont se souillèrent les agents subalternes rejaillirent, et sur les chefs, qui ne les réprimèrent point, et sur ce gouvernement si fier, qui ne rougissait pas d’ajouter à l’odieux de la persécution la honte de la

1. Hisi, de V'Édit de Nantes, t, V, p. 869. — Noaïlles, Hist, de madame de Maïntenon, t. II, p. 488. — Foucault n’avait pas attendu les nouvelles instructions de Louvois. Il avait convoqué, le 2 novembre, ce qui restait de gentilshommes non convertis dans le Haut-Poitou, et leur avait déclaré que « c’est une illusion qui ne peut venir u que d’une préoccupation aveugle, de vouloir distinguer les obligations de la « conscience d'avec l’obéissance qui est due au roi. » Il avait protesté contre ceux qui prétendaient tirer, d’un certain article de l’édit, « cette conséquence que Sa . Majesté les laisse en liberté de conscience, dans le temps qu’elle la leur ôte for- « mellement ». Mém. de Foucault, p. 305-306.

2. Lettres citées par Noailles, t. II, p. 470. Le roi ordonne qu’on pende les dragons qui pilleront; mais on ne voit pas qu’il y en ait eu un seul de pendu.

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