‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 271 sur 341 · PORT-MAHON PERDU · texte numérisé non relu

PORT-MAHON PERDU

mvétérée; il se montrait, au contraire, aussi hardi que brave; mais les moyens d’action lui manquaient. Le gouvernement espagnol, à peine restauré à demi par le dévouement des populations, retombait dans sa langueur. Le roi Philippe V était gouverné par sa femme, qui s'était rendue populaire en montrant du cœur et de l'élan dans l'extrême péril, mais qui n’avait ni l’expérience ni la raison nécessaires pour diriger l’état, et qui était elle-même entièrement gouvernée par la princesse des Ursins (dei Orsini); celle-ci, Française de la maison de La Trémoille et veuve d’un prince romain, était une femme de beaucoup d’esprit et d’intrigue, qu’on nommait plaisamment le lieutenant de madame de Maintenon en Espagne, et qui régnait dans ce pays plus directement et plus ostensiblement que madame de Maintenon en France. Ni ses talents politiques ni ses services n'étaient de nature à justifier sa singulière domination. Le cabinet de Madrid ne fournissait ni vivres ni équipages à l’armée; le duc d'Orléans fut obligé de tout faire par lui-même. Il garda néanmoins la supériorité sur l’archiduc et continua ses progrès en Catalogne. Il prit Tortose (11 juillet 1708); mais il ne fut point en état d'attaquer Barcelone, seule opération qui pût être décisive; seulement, sur la fin de la saison, un corps détaché acheva de recouvrer le royaume de Valence par la prise de Denia (12-17 octobre) et d’Alicante (3 décembre).

Les ennemis compensèrent largement, par leurs succès dans les îles de la Méditerranée, les échecs qu’ils essuyaient sur le continent espagnol. L’amiral anglais Leake opéra une descente en Sardaigne; le vice-roi espagnol avait exaspéré les insulaires en s’attribuant le monopole du commerce des blés'. Toute l’île se déclara pour Charles IT (août). Leake alla ensuite assaillir Port- Mahon; cette importante capitale de l’île de Minorque, une première fois sauvée par les Français, fut très -mal défendue contre cette seconde attaque : elle se rendit le 29 septembre. Les Anglais sy établirent pour leur compte, comme à Gibraltar : c'était le second anneau de Ja chaîne dont ils voulaient enserrer la Méditerranée.

1. 11 vendait ces blés aux ennemis de son propre gouvernement, aux troupes de l’archiduc, qui souffraient de la disette en Catalogne. V. Saint-Simon, t. VI, p. 245.

Du côté des Alpes, la campagne fut tardive. Le duc de Savoie, demeuré seul à la tête des Austro-Piémontais par le départ d'Eugène pour le Rhin, était mécontent de l’empereur, qui lui faisait attendre depuis un an l'investiture du Montferrat, confisqué sur le duc de Mantoue : il ne marcha que quand il tint l'investiture. Ses forces étaient très-supérieures à celles de Villars. Dans la seconde quinzaine de juillet, il envahit la Savoie, puis, arrêté en avant de Chambéri par les Français, il se rabattit sur le mont Genèvre et menaça Briançon. L’entrée du Dauphiné étant bien défendue, il rentra dans les hautes vallées du Piémont, suivi par Villars, qui, sous ses yeux, chassa son arrière-garde de Sezanne, près des sources de la Petite-Doire (10 août). La position de Victor-Amédée se trouvait fort compromise; car il était serré entre l’armée française et le château d’Exilles. La lâcheté du gouverneur d'Exilles tira l’ennemi d’embarras. Cet officier, attaqué par le duc de Savoie, se rendit au lieu de résister jusqu’à l'extrémité, comme il en avait l’ordre (13 août). Le duc, maître du val de la Petite-Doire, se rejeta dans celui du Cluson, prit la Pérouse (16 août) et assiégea Fénestrelles. Villars ne put forcer les passages qui lui eussent permis de secourir cette forteresse. La garnison de Fénestrelles se rendit prisonnière le 31 août. Le Piémont fut ainsi fermé aux Français.

L'entreprise d'Écosse avait été tentée à l'entrée du printemps. Elle ne pouvait avoir de chances que par beaucoup de secret et de célérité. Les ministres de la guerre et de la marine ne surent pas faire les préparatifs assez vite pour prévenir les soupçons des Anglais; cependant la descente se fût opérée avant que le cabinet de Saint-James fût en mesure de s’y opposer, si le prétendant Jacques IN, en arrivant à Dunkerque pour s’embarquer, n’eût été pris de la rougeole. Pendant que la fièvre le retenait au lit, une flotte anglaise parut devant les dunes de Flandre. Les vents écartèrent l’ennemi et le prétendant partit, le 19 mars, sur une escadre que commandait Forbin. Une tempête fit perdre deux jours à l’escadre et les Anglais eurent le temps d'arriver presque aussitôt que les Français à l'embouchure du Forth, la rivière d'Édimbourg. On n’eût pu débarquer qu’en sacrifiant l’escadre, incomparablement plus faible que la flotte ennemie, et l’on ne

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