‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 272 sur 341 · BOURGOGNE £T VENDOME · texte numérisé non relu

BOURGOGNE £T VENDOME

voyait pas sur la côte le mouvement ni les signaux annoncés par les Jacobites. On n’essaya pas de gagner Inverness à défaut d'Édimbourg. Forbin déroba sa route à l'ennemi et ramena le prétendant à Dunkerque (7 avril), après avoir perdu un seul vaisseau dans la retraite.

L’avortement de l’expédition d'Écosse rendait beaucoup plus difficile la révolution qu’on avait espéré susciter en Belgique, les alliés conservant leurs forces intactes dans ce pays. On entretint néanmoins les intelligences qu’on avait pratiquées dans les villes flamandes, et l’on prit l'offensive au mois de mai. Les ducs de Bourgogne et de Vendôme n'avaient pas moins de quatre-vingtdix mille hommes sous leurs ordres, sans compter un corps qui gardait les côtes de la Flandre française. Les premières opérations, bien conduites, obligèrent Marlborough, qui était inférieur, à se replier sur Louvain et à laisser les Français fourrager le Brabant jusqu’au Demer. Les irrésolutions du roi et le désaccord de Bourgogne et de Vendôme firent qu’on n’entreprit rien de plus durant un grand mois.

Les alliés employèrent ce temps à changer leur plan de campagne. Ils avaient d’abord compté attaquer par le Rhin et par la Moselle avec deux armées de soixante mille hommes chacune, sous les ordres de l'électeur de Hanovre et d'Eugène, pendant que Marlborough occuperait en Flandre la grande armée française; mais Eugène, le printemps venu, se convainquit bien vite que les princes allemands ne fourniraient pas les levées exorbitantes dont on leur avait arraché la promesse et qu’on ne tirerait d’eux que les contingents ordinaires, c’est-à-dire que les deux armées de Rhin et Moselle n’auraient guère chacune plus de trente mille hommes. Une autre combinaison fut donc concertée entre Eugène et Marlborough : c'était le renouvellement de la grande manœuvre de Hôchstedt. Eugène laissa l’électeur de Hanovre dans le nord de la Souabe, derrière les lignes d’Etlingen, que les alliés avaient élevées durant l’hiver pour remplacer les lignes de Bühl à Stolhofen, et, avec vingt-quatre mille soldats rassemblés sur la Moselle, il marcha par Coblentz vers la Belgique (30 juin). Les forces françaises de Rhin et de Moselle suivirent ce mouvement ; l'électeur de Bavière demeura en face de l'électeur

de Hanovre, et Berwick, avec vingt et quelques mille hommes, passa la Moselle à Remich (7 juillet) pour aller en Flandre.

Les événements se précipitaient dans cette dernière contrée. Après quelques semaines d’immobilité, l’armée française quitta, le 4 juillet au soir, le camp qu’elle occupait entre Genappe et Braine-l’Alleu, et gagna la Dender, près de Ninove, en une seule marche. Un détachement, lancé en avant le 4 au matin, arriva aux portes de Gand en vingt-quatre heures et pénétra par surprise dans cette grande cité. La bourgeoisie reçut les Français à bras ouverts; la petite garnison de la citadelle capitula dès le lendemain. Bruges, sommée par le corps français de la West-Flandre, ouvrit également ses portes sans coup férir le 6 juillet. Le fort de Plasschendaël, qui commandait le canal de Bruges à Ostende, fut emporté d'assaut. On fut moins heureux à Oudenarde, seule position qui restât aux alliés sur l’Escaut; le gouverneur fut secouru à temps par un détachement de l'armée ennemie. C'était toutefois un beau début. Le plan était de recouvrer toute la Flandre et de débarrasser le cours de la Lis en faisant prendre Menin sur les derrières de l’armée, pendant qu’on arrêterait l'ennemi sur la Dender ou sur l’Escaut. Il fallait, pour cela, masquer Oudenarde, puisqu'on n’avait pu l’énlever d’un coup de main. On avait passé la Dender et, dès le 6 juillet, Marlborough s'était établi sur l’autre bord, en face du camp français. Le duc de Bourgogne assembla le conseil de guerre. Là éclatèrent les dissensions qui couvaient, depuis un mois, entre le jeune prince et son entourage, d’une part, et le duc de Vendôme, de l’autre. Vendôme voulait défendre le passage de la Dender; Bourgogne et ses conseillers intimes préféraient ne défendre que l’Escaut. La majorité se rangea de ce côté. Vendôme céda, de très-mauvaise humeur. Trois jours furent perdus dans ces débats. Dans la nuit du 9 au 10, Vendôme, informé que l’ennemi remontait la Dender pour la franchir, fit revenir au projet de défendre cette rivière. On marcha deux heures dans ce but; puis, après de nouvelles discussions, on rebroussa chemin et l’on se replia sur l’Escaut, vers Gaveren. Le 10 au matin, l'ennemi traversa la Dender à Lessines. Eugène, laissant le gros de ses troupes à quelques journées en arrière, avait rejoint Marlborough le 9, avec quelque cavalerie. Comme à

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