‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 274 sur 341 · A708] LILLE PERDUE · texte numérisé non relu

A708] LILLE PERDUE

Les assiégés, cependant résistaient avec un courage et une constance admirables : chaque pouce de terrain, dans les ouvrages extérieurs, coûtait des flots de sang aux assaillants. Plusieurs assauts furent repoussés avec un terrible carnage. Dans la nuit du 28, dix-huit cents cavaliers, chargés d’armes et de sacs de poudre, pénétrèrent dans la ville à travers le camp ennemi; mais, quelques heures auparavant, un grave échec sur un autre point avait plus que compensé ce succès. Les généraux alliés, voyant qu'ils n’allaient plus rien pouvoir tirer dn Brabant, s'étaient assurés d’une autre ressource. Ils avaient obtenu qu’un grand convoi de munitions fût envoyé d'Angleterre à Ostende, et Marlborough avait expédié au-devant un fort détachement, qui se saisit du canal de Nieuport à Ostende et qui en facilita le passage au convoi (27 septembre). Le lendemain, le convoi rencontra près de Wynendaël un corps français très-supérieur à son escorte. Par malheur, le commandant était un comte de La Mothe, inepte protégé de Chamillart, qui trouva moyen, avec des forces presque doubles, de se faire battre par l’escorte : le convoi échappa. Les alliés, quand ils reçurent ce secours, étaient sur le point de lever le siége de Lille, faute de vivres. Ils restèrent et continuèrent d'avancer lentement et, pour ainsi dire, à coups d'hommes, dans leurs attaques contre les dehors de la place.

Vendôme essaya de fermer à l’avitaillement la voie d'Ostende, en faisant percer les digues et inonder le pays; mais l’ennemi surmonta cette difficulté au moyen de bateaux plats : on lui opposa d’autres bateaux armés et l’on reprit enfin d’assaut le poste de Leffinghen, qui commande le canal de Nieuport à Ostende (25 octobre). Il était trop tard : le sort de Lille était décidé. Le brave gouverneur Boufflers, voyant des brèches ouvertes à deux bastions du corps de la place et ne voulant pas faire saccager une ville qui s'était montrée fidèle et dévouée, avait retiré dans la citadelle toute l’artillerie et les munitions, et capitulé pour la ville, le 22 octobre, aux conditions les plus honorables. Eugène, qui le félicita noblement de sa belle défense, lui accorda d’envoyer à Douai les blessés, les malades, les équipages et les chevaux. La garnison, réduite à cinq mille six cents hommes {à peu près moitié), entra Le 25 octobre dans la citadelle, contre laquelle les

opérations furent reprises le 29. Les députés des États-Généraux prirent possession de la ville.

Au commencement de novembre, Chamillart revint conférer avec les généraux français auprès de Tournai : Bourgogne et Berwick étaient d'avis de laisser un corps d’armée derrière le canal de Gand à Bruges et de ramener le reste des forces en Artois, afin de couvrir le territoire français : c’eût été rouvrir les communications des ennemis avec le Brabant et renoncer à toute diversion en faveur de la citadelle de Lille. Vendôme s’y opposa et Chamillart défendit, de la part du roi, que l’on abandonnûât l'Escaut aux ennemis. Malheureusement, on ne pouvait garder à la fois l'Escaut de Tournai à Gand et les canaux de Gand à Bruges, à Ostende et à Nieuport, sans éparpiller l’armée sur une ligne immense.

Tandis qu’on discutait au camp, Berwick reçut une dépêche secrète de la plus haute importance. Son oncle Marlborough lui mandait « que la conjoncture présente étoit très-propre pour en- « tamer une négociation de paix; qu'il falloit en faire la propo- « sition aux députés des États-Généraux, au prince Eugène et à « lui Marlborough, et qu’il feroit tout de son mieux pour la faire « accepter. » Marlborough, dont la fortune grandissait incessamment avec la guerre, avait été jusque-là très-opposé à toute transaction : quelles causes modifiaient ses sentiments, alors que la victoire continuait à lui sourire? C’est là un problème; mais il n'y à point de raison de douter que ses ouvertures ne fussent sérieuses. Chamillart écrivit au roi « que la proposition de Marlborough ne provenoit que de la mauvaise situation où se trouvoit l’armée des alliés! » Louis le chargea de dicter la réponse à Berwick, et la réponse fut telle, que Marlborough, offensé, redevint plus hostile qu'auparavant à toute idée de paix et ne changea plus à cet égard. Roi, ministres et généraux, il semblait que tout le monde fût pris de vertige‘.

1. Berwick, t. Il, p. 5. — Ce fait est d'autant moins concevable, qu'avant les premiers revers de la campagne et, par conséquent, dans une situation beaucoup meilleure, Louis avait fait spontanément, comme acheminement à la paix, une concession très-considérable aux intérêts de l'Angleterre et de la Hollande. Il avait dicté

à Philippe V un règlement commercial pour l'Espagne et les Indes, qui accordait l'égalité de traitement aux diverses nations (juillet 1708). Les négociants français

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