‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 29 sur 341 · XIV. x · texte numérisé non relu

XIV. x

mauvaise foi ! Les chefs des dragonnades jugèrent nécessaire de contenir les mauvais convertis par les exemples faits sur les opiniâtres ; de là un débordement d’horreurs par lequel on vit, comme le dit Saint-Simon, « des orthodoxes imiter contre les hérétiques ce que les tyrans paiens avaient fait contre les confesseurs et les martyrs ». Tout était, en fait, permis aux soldats, sauf le viol et le meurtre; et encore cette restriction ne fut-elle pas toujours respectée ; d’ailleurs, beaucoup de malheureux moururent ou demeurèrent estropiés des suites des traitements qu'ils avaient subis, et les tortures obscènes, infligées aux femmes, ne différaient guère du dernier outrage que par une perversité plus raffinée. Toutes les inventions diaboliques des routiers du moyen âge pour extorquer de l'or à leurs captifs furent renouvelées çà et là pour arracher des conversions : on chauffa les pieds, on donna l’estrapade, on suspendit les patients par les extrémités ; on lia de jeunes mères aux colonnes de leur lit, pendant que leur enfant à la mamelle se tordait de faim sous leurs yeux. « De la torture à l’abjuration, et de celle-ci à la communion, il n’y avait souvent pas vingt-quatre heures de distance, et leurs bourreaux étaient leurs conducteurs et leurs témoins. Presque tous les évêques se prêtèrent à cette pratique subite et impie ‘. » Parmi Les réformés que rien ne put ébranler, ceux qui encourageaient les autres à la résistance par l’influence de leur caractère ou de leur position sociale, furent envoyés à la Bastille ou dans d’autres prisons d'état ; quelques-uns furent ensevelis dans ces cachots souterrains, dans ces puits ténébreux, étouffants ou glacés, qu'avait inveniés la barbarie féodale. On y jetait parfois après eux, pour en redoubler l'horreur, des débris d'animaux en putréfaction ! L'hôpital de Valence et la tour de Constance à Aigues-Mortes ont gardé, dans le martyrologe protestant, une effrayante renommée. Les femmes se montrant communément plus inébranlables que les hommes, les plus obstinées

1. Saint-Simon, t. XII, p. 116. Il va même plus loin, et accuse la plupart des évêques d'avoir « animé les bourreaux ». Ce qui est certain, c’est que, comme le dit le Mémoire officiel présenté par le ministre Breteuil à Louis XVI sur l'état des protestants en France, la plus grande partie du clergé, suivant la doctrine des jésuites, admit sans délai, sans difficulté, à la sainte table, tout ce qui ut traîné aux églises , & les dragons. V. Rulhière, p. 310.

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