‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 282 sur 341 · INTRIGUE D’ORLEANS · texte numérisé non relu

INTRIGUE D’ORLEANS

renvoyer en Espagne. De 1707 à 1708, voyant les alliés décidés à ne pas transiger avec Philippe V et Louis XIV disposé à sacrifier Philippe pour avoir la paix, le duc d'Orléans avait eu la singulière pensée de se substituer à Philippe V sur le trône d’Espagne et de se faire accepter des Anglais et des Hollandais comme un moyen terme entre Philippe V et Charles IT, ainsi qu'avait été autrefois accepté le prince de Bavière. Il y avait eu des pourparlers secrets avec des grands d’Espagne et avec le genéral anglais Stanhope. L’intrigue avait transpiré. Orléans affirmait n'avoir songé à se préparer des chances que pour le cas où Philippe V serait contraint de renoncer à l'Espagne; mais la prin cesse des Ursins, ennemie personnelle d'Orléans, avait persuadé à Philippe V qu’Orléans voulait le détrôner et inspiré à ce jeune monarque contre son parent un ressentiment qui devait avoir un jour des suites également fâcheuses pour l'Espagne et pour la France. Louis XIV étouffa l'affaire, ne voulant pas d’un procès de haute trahison contre son neveu et son gendre, mais ne donna plus de commandement à Orléans ‘.

Un maréchal assez obscur , Besons, fut expédié à la place du duc d'Orléans en Espagne, où il ne se passa rien de très-considérable cette année. L’attention de l'Europe, comme en 1708, se portait principalement sur la Flandre; mais ce n’était pas seulement de ce côté que la France était menacée. La France devait être entamée à la fois par le nord et par l’est. Pendant que la grande armée alliée pénétrerait en Artois, l’armée du Rhin et l’armée des Alpes devaient pénétrer, celle-ci en Bresse par la Savoie, celle-là en Franche-Comté par l’Alsace, et combiner leurs opérations.

Par bonheur, les alliés, qui s'étaient préparés à mettre en mouvement, dès le printemps, des masses formidables du côté de la Flandre, ne furent pas prêts d’aussi bonne heure vers l’est et le sud-est. Les contingents des princes et des cercles allemands ne se rassemblèrent sur le Rhin qu'avec leur lenteur accoutumée, et le duc de Savoie ne se pressa pas de faire entrer ses troupes en ligne : l’empereur mettait beaucoup de mauvaise grâce à s’ac-

1. OEuvres de Louis XIV, t. VI, p. 202. — Saint-Simon, t. VIT, p. 290, — Mém, de Noailles, p. 217.

quitter envers lui; après lui avoir fait attendre le Montferrat plus d’un an, il lui détenait encore Vigevano, place du Tésin qui dépendait de la Lomelline, cédée au Piémont par le traité de 1703. Berwick, chef de l’armée française des Alpes, qui n’avait, à l’entrée de la saison, ni argent ni vivres à donner à ses soldats, eut ainsi le temps de se créer quelques ressources en ramassant des grains avec le concours des intendants et en mettant la main sur les caisses des receveurs , sans attendre les ordonnances du contrôleur-général. Il put aussi préparer à loisir un très-bon système de défense pour toute la ligne des Alpes : sa ligne défensive se courbait comme un grand arc d'Antibes à Genève, avec le centre en avant et les extrémités en arrière; le pivot était un camp retranché sous Briançon. Les principaux cols débouchant sur cette ligne étaient fortifiés, et des corps mobiles étaient distribués de manière à soutenir les postes sur lesquels l'ennemi porterait ses efforts. Berwick avait laissé en dehors de la ligne défensive les passes du Petit-Saint-Bernard et du mont Genis, et, quand les ennemis, beaucoup plus nombreux, s’ébranlèrent au commencement de juillet, il ne les empêcha point de descendre en Savoie; mais il les afttendit dans une excellente position, déployé derrière les rivières d'Arc et d'Isère depuis Valoire jusqu'à Montmélian , et maître de couvrir, suivant le besoin , Lyon, Grenoble ou Briançon. Les Austro-Piémontais poussèrent leur cavalerie vers le Rhône; mais Berwick était en mesure de leur en interdire le passage, lorsque les nouvelles qu’ils reçurent d’Alsace les décidèrent à renoncer à leur entreprise : sentant l'impossibilité de se maintenir en Savoie pendant l'hiver, ils rentrèrent en Piémont dès la fin de septembre !.

Les Allemands n'avaient pris l'offensive en Alsace qu au mois d'août. Le maréchal d’'Harcourt, avec vingt et quelques mille hommes, s'était couvert des lignes de la Lauter : l'électeur de Hanovre, qui avait passé le Rhin à Philipsbourg avec des forces supérieures, n’attaqua point Harcourt et tenta de l’amuser, pendant que huit à neuf mille Allemands, demeurés en Souabe avec le général Merci, se portaient rapidement sur Neubourg, entre

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