BATAILLE DE MALPLAQUET
ailes furent assaillies à la fois, la gauche, par les Anglais de Marlborough, qu'Eugène seconda en personne, la droite, par les Hollandais du comte de Tilli et du prince Frison de Nassau. Un triple étage de retranchements, hérissés de canons, couvrait la droite française; les Hollandais enlevèrent les deux premières lignes, mais ils furent arrêtés à la troisième, foudroyés par une grêle de mitraille, puis rejetés à la baïonnette au delà du point de départ; cinq de leurs lieutenants généraux restèrent sur la place. Le prince de Nassau, qui espérait conquérir le stathoudérat par une action d’éclat', ramena ses bataillons à la charge et vint planter luimême le drapeau batave sur les retranchements français; il ne réussit qu’à faire exterminer autour de lui ses meilleures troupes et fut forcé de reculer de nouveau en abandonnant une partie de ses drapeaux et de ses canons.
C'était pour avoir outre-passé ses ordres, que le prince de Nassau avait attiré ce terrible échec sur les alliés. Eugène et Marlborough n'avaient voulu engager de ce côté qu’une fusillade, tandis qu’ils dirigeaient eux-mêmes l'attaque à fond contre le bois de Sars. Les Anglais furent d’abord repoussés par la gauche française, comme les Hollandais par la droite; mais le poste français n’était pas là si fort qu’à droite : les Anglais parvinrent à le tourner en passant un marais qu’on avait jugé à tort impraticable, contraignirent nos bataillons d'abandonner le bois et débouchèrent à leur suite dans la plaine. Viilars avait mandé en toute hâte une partie de l'infanterie du centre : il lanca trente bataillons à la baïonnette et chargeaït à leur tête, quand une baile lui fracassa le genou. On l’emporta, évanoui, hors du champ de bataille. Les troupes lancées n’en refoulèrent pas moins l'ennemi dans le bois et maintinrent le terrain qu’elles avaient reconquis; mais il n’y eut plus là personne pour veiller à l’ensemble de la bataille et remettre en défense le centre dégarni, comme Villars n’eût pas manqué de le faire. Eugène et Marlborough, avertis de l’affaiblissement de notre centre, y jetèrent des masses d'infanterie, forcèrent les lignes et y firent pénétrer leurs escadrons sous la protection du feu de l'infanterie. Boufflers accourut de la droite
1. Heinsius favorisait, dit-on, cette prétention. Le prince de Nassau se noya, par accident, en 1711.
au centre et se mit à la tête de la cavalerie française, qui avait cruellement souffert du canon sur le plateau où elle était rangée à découvert, mais qui n’en chargea pas moins avec une vigueur irrésistible; elle rompit à cinq ou six reprises les escadrons d’Eugène; mais ceux-ci se rallièrent toujours à l'abri de leur infanterie. Si, en ce moment, la droite française fût sortie de son poste pour prendre en flanc les corps ennemis qui avaient percé notre centre, la bataille eût été probablement gagnée encore. Boufflers n’en donna pas l’ordre et le général qu’il avait laissé à l’aile droite n'osa prendre sur lui d'agir. Les ennemis, cependant, grossissaient toujours au centre et les communications entre les deux ailes finirent par être totalement rompues. Il n’y eut plus qu'à opérer la retraite. Les deux moitiés de l’armée la firent chacune de leur côté, dans le plus bel ordre, tournant tête de temps à autre et tenant l’ennemi à distance par des charges de cavalerie et par un feu violent d'artillerie. Elles repassèrent l'Honneau sur deux points et se rejoignirent le lendemain entre Valenciennes et le Quesnoi, où Boufflers assit le camp. Jamais vaincus n’avaient montré une plus fière contenance et jamais vainqueurs n’avaient acheté plus cher la possession d’un champ de bataille. Les alliés avouèrent, dans leurs relations, plus de vingt mille hommes tués ou hors de combat, dont onze mille Hollandais, et il est probabie que leur perte s'élevait en réalité beaucoup plus haut encore! Les relations françaises avouèrent huit mille morts ou blessés; le commandant de l'artillerie, Saint-Hilaire, dit quatorze mille. Ce fut la plus grande et la plus sanglante bataille de toutes les guerres de Louis XIV *.
C'était là une étrange victoire; mais ce fut pourtant une victoire, puisque les alliés atteignirent leur but, qu’ils assiégèrent Mons avec leur armée mutilée et que l’armée française n’essaya
1. Mém. de Villars, p. 176-187. — Lamberti, t. V, p. 361-375. — Saint-Hilaire, t. IV, p. 197-218. Quinci, t. VI, p. 148- 207. — Saint-Simon, t. VII, p. 370 : il est rempli d'erreurs sur tout ce qui précède la bataille. — Général Pelet, t. IX, p. 7-115, 287-405. — Dumont, Batailles et Victoires du prince Eugène de Suvoie. Les étrangers étaient tellement habitués à copier la France dans tout ce qui tient aux arts comme aux lettres, que l'artiste hollandais qui a dessiné les planches de Dumont a dérobé en grande partie ses figures à Van-der-Meulen, le peintre des victoires de Louis XIV.
De même en musique. Un des chants nationaux de l'Angleterre est un air fait par Lulli pour Louis XIV,