PERTE DE MONS
point de s’y opposer, quoique Villars, de son lit de douleur, conseillât de « remarcher à l'ennemi ». On parvint seulement à jeter quelques bataillons dans Mons, qui n'avait qu’une très-faible garnison espagnole et qui, après une résistance assez vive, mais trop peu prolongée, se rendit dès le 21 octobre. Les Hollandais en prirent possession, comme de toutes les autres places qui tombaient au pouvoir des alliés dans les Pays-Bas. Ce fut une consolation du massacre de leur armée.
Après la chute de Mons, les armées prirent leurs quartiers d'hiver. L'énergie des troupes françaises était relevée; mais, si l'ennemi n'avait pu pénétrer dans l’intérieur du royaume, il avait ajouté à ses conquêtes deux grandes places frontières qui fortifiaient sa base d’opérations pour la campagne prochaine, et, cette campagne, comment la France pourrait-elle la soutenir ? Il était déjà incompréhensible qu’on eût fait celle qui venait de finir. On devait s'attendre que l’État, «cette vieille machine délabrée qui va encore de l’ancien branle qu’on lui a donné », achevât de se briser au premier choc! ».
Louis, bien qu’il dût s'attendre à voir l’arrogance des alliés grandir encore avec leurs nouveaux succès, se résigna à solliciter pour la troisième fois cette paix qu’on lui avait si durement refusée. Le 28 octobre, l'Angleterre venait, par un traité spécial, de garantir à la Hollande, pour sa fameuse barrière, presque toutes les places fortes des Pays-Bas espagnols et français, y compris Furnes, Ypres, Condé, Valenciennes et Maubeuge, encore à conquérir sur la France. Le cabinet de Versailles avait entretenu quelques correspondances en Hollande depuis la rupture des conférences de La Haie. Le roi fit savoir qu’il acceptait les trop fameux préliminaires dressés par le pensionnaire Heinsius et souscrits par les alliés, pourvu que l’on convint « de quelques tempéraments » sur les articles 1v et xxxvir, c’est-à-dire sur le concert à établir pour obliger Philippe V à évacuer les états espaenols et sur la trêve de deux mois, qui, suivant les préliminaires, ne continuerait pas si l'évacuation n’était opérée au bout des deux mois. Louis ne put obtenir qu’on ouvrit des conférences publiques
1. Mémoire sur la situation de la France (fin 1709); ap. Œuvres de Fénelon, t. V, p. 140.
et générales à La Haie. Les États-Généraux accordèrent seulement des conférences particulières et censées secrètes avec leurs agents dans la forteresse de Gertruydenberg , au fond du Moërdyck. Louis chargea ses envoyés de déclarer que, si Philippe V ne se contentait d’un « médiocre partage » (il eût accepté pour lui la Navarre, à la dernière extrémité), non-seulement il lui retirerait toute assistance, mais il punirait quiconque lui porterait secours, et qu’il romprait avec lui, si Philippe recevait des Français à son service. Louis offrait de remettre en gage aux Hollandais quatre places à son choix. L’abandon de Philippe V était un fait accompli, car toutes les troupes françaises avaient été rappelées d’Espagne en hiver, malgré les plaintes du cabinet de Madrid; l’ambassadeur Amelot de Gournai, qui, depuis quelques années, partageait avec la princesse des Ursins la direction du gouvernement espagnol et tempérait les inconvénients de cette capricieuse domination féminine, avait demandé son rappel, pour ne point assister à la ruine imminente du prince qu'il avait aidé de ses conseils !. Défense fut faite à tous sujets français, par déclaration du roi, d’aller servir en Espagne. Les plénipotentiaires du roi, le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, arrivèrent au Moërdyck le 9 mars 1710. On les isola le plus possible, afin de leur interdire les avis, les communications avec les particuliers, le contact avec le peuple, qui leur eût peut-être fait bon accueil par désir de la paix; on leur imposa un demi-incognito ridicule ct humiliant, pour éviter de leur rendre les honneurs dus à leur rang. Leur correspondance est bien triste à lire. Les représentants du plus fier des rois et de la première des nations semblent reconnaissants quand on ne manque pas envers eux aux plus vulgaires égards! Quelle expiation de notre superbe!
Les Hollandais demandèrent impérieusement, comme explication des articles 1v et xxxvir, que le roi unît ses forces à celles des alliés pour expulser d’Espagne son petit-fils : une sorte de pudeur avait empêché d’exprimer formellement cette exigence en 1709,
1. Les belles lettres dans lesquelles Philippe V proteste auprès de son aïeul contre tout démembrement de la monarchie d'Espagne, et se déclare prêt à mourir plutôt que d'abandonner son peuple, sont l'ouvrage d'Amelot : Philippe n’eût pas été ca-
pable de les écrire (1706-1708-1709). — Mém. de Noailles, p. 196-206-212. — HMém. de Louville, t. Il, p. 165.