ENLÈVEMENT DES ENFANTS
furent enfermées dans des couvents ; il s’y passa quelques actes infâmes ; néanmoins ce fut rare. Il faut le dire à l'honneur d’un sexe souvent trop facile aux suggestions du fanatisme, les religieuses montrèrent beaucoup plus d'humanité et de vraie religion que les prêtres et les moines. Étonnées de voir les femmes huguenotes si différentes de l’image qu’elles s’en étaient faite, elles devinrent presque partout les protectrices des victimes qu'on leur avait données à tourmenter ‘. L’enlèvement des enfants mit le dernier sceau à la persécution. L’édit de révocation avait seulement statué que les enfants à naître seraient élevés dans la religion catholique. Un édit de janvier 1686 ordonna que les enfants de cinq à seize ans fussent enlevés à leurs parents hérétiques et remis à des parents catholiques, ou, s'ils n’en avaient pas, à des catholiques désignés par les juges? ! Les forfaits que nous avons rappelés tout à l’heure pouvaient, à la rigueur, être rejetés sur les passions d’agents subalternes ; mais ce grand attentat contre la famille et la nature retombe sur le gouvernement seul.
Avec la révocation, la dragonnade s’étendit sur toute la France, à une double exception près. Quand on crut la grande moisson suffisamment fauchée dans le midi et dans l’ouest, on se mit à glaner ailleurs. Les bataillons des convertisseurs marchèrent de province en province jusqu’à la frontière du nord, portant partout la même épouvante. Metz, où les protestants étaient nom-