‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 291 sur 341 · POURPARLERS AVEC L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

POURPARLERS AVEC L'ANGLETERRE

de la prospérité, comme il avait vu crouler par les mains d'autrui, et sans qu'il lui en coûtât d'effort, cette puissance suédcise qui avait tant abaissé ses pères, qui l'avait humilié lui-même ', comme il achevait d’abattre, après huit ans de combats, la grande insurrection hongroise ?, comme il tenait l'Allemagne dans ses mains et l'Italie sous ses pieds, mourut, à 32 ans, le 17 avril 1711. Il n’avait d’héritier mâle que son frère Charles, le prétendant d’Espagne. C'était donc pour réunir sur une seule tête le colossal empire de Charles-Quint, que les alliés avaient à poursuivre une guerre entamée au nom de l'équilibre européen !

Les hostilités se rouvrirent toutefois au printemps. Les ministres anglais ne se sentaient pas assez forts pour arrêter les armées sur un commencement de négociations : ils craignaient encore trop Marlborough et les whigs. Comme en 1710, les pourparlers continuèrent simultanément avec les opérations militaires, mais dans des circonstances et avec un résultat bien différents. Le poëtediplomate Prior apporta à Versailles les demandes de l'Angleterre sous forme de préliminaires. C’étaient d’abord : des sûretés contre la réunion des deux couronnes de France et d’Espagne; des barrières pour la Hollande et pour l'Empire; la restitution des conquêtes faites sur le duc de Savoie et autres; bref, la satisfaction de tous les alliés; puis, et c'était là le nœud de la question, les conditions particulières de l’Angleterre; à savoir : la reconnaissance de la reine Anne et de la succession protestante, avec le renvoi du prétendant hors de France; le démantellement de Dunkerque et la destruction de son port, si redoutable au commerce anglais ; un traité de commerce avec la France ; la cession de Gibraltar et de Mahon par l'Espagne ; la translation au commerce

1. Charles XII, s'étant enfoncé dans les steppes de la Russie rouge, avait été vaincu à Pultawa, le 11 juillet 1709, moins par Pierre le Grand que par le climat. Il s’était réfugié en Turquie.

2. La perte de Neuhausel, la principale place d'armes de Rakoczi, en septembre 1710, avait amené la réduction de tout le pays entre le Danube et la Theiss. La Haute-Hongrie fut entamée à son tour. Agria (Erlau) et Eperies succombèrent avant la fin de 1710. Beaucoup de chefs se soumirent ou entrèrent dans une négociation qui devint générale en février 1711. Le prince Eugène et l'ambassadeur anglais Peterborough pressèrent l’empereur de transiger. Amnistie générale fut accordée, avec restitution de biens et liberté de culte suivant les lois hongroises (27 avril 1711). Rakoczi désavoua ce traité et se retira en France,

540 LOUIS XIV. [2711) anglais de l’asiento, c'est-à-dire du privilége de la traite des nègres dans les colonies espagnoles, accordé aux Français en 1701 ; l'égalité commerciale en Espagne avec les nations les plus favorisées; la cession de Terre-Neuve, de la baie et du détroit d'Hudson par la France, chacun gardant ce qu’il tenait dans le reste de l'Amérique du Nord.

Il n’était plus question de l’expulsion de Philippe V : l'Espagne et les Indes ne lui étaient plus disputées. Les tories revenaient au plan primitif de Guillaume III, si exagéré et si dénaturé par Marlborough.

Louis XIV expédia à Londres Ménager, membre du conseil du commerce, pour négocier sur ces propositions (mi-août). Il accordait à peu près tout ce que réclamait l'Angleterre, même ce qu’il y avait de plus pénible pour sa générosité et pour sa religion monarchique, le renvoi du Stuart exilé; à condition que les Français gardassent le droit de pêche et de sécherie sur les côtes de Terre-Neuve, que les îles du Cap Breton et de Sainte-Marie nous restassent et que les Anglais rendissent l’Acadie, qu’ils avaient prise. Il avait exposé ses demandes en regard de celles de l’Angleterre ; mais les Anglais renvoyèrent les réclamations de la France aux conférences générales et ne voulurent traiter à part que de leurs intérêts à eux. Ils promirent, si l’Angleterre était satisfaite, de soutenir la France dans le congrès.

Cette façon de traiter laissait beaucoup à désirer ! Louis, cependant, s’en contenta. Il comprit que l’intérêt des tories lui répondait de leur sincérité. Les préliminaires avec l'Angleterre furent signés à Londres le 8 octobre. Les nouvelles du Canada levèrent, sur ces entrefaites, une grave difficulté : les Anglais avaient préparé une expédition par terre et par le Saint-Laurent contre Québec, et prétendaient que le Canada leur demeurât, s’ils en étaient maîtres au moment où l’on signerait la paix : l'attaque échoua ! et ils n’eurent plus rien à prétendre. Harley et Saint-John firent assurer secrètement Torci de leurs bonnes intentions, et les instructions données à l'ambassadeur anglais en Hollande furent conformes à leurs promesses. Le cabinet français, de son côté,

1. Une partie des transports naufragèrent dans le Saint-Laurent : au retour, un vaisseau de soixante-dix canons sauta avec son équipage.

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