CAMPAGNE DE FLANDRE
retira aux navires hollandais les passe-ports spéciaux qu’il leur accordait pour trafiquer dans les ports français et n'octroya plus de ces passe-ports qu’aux Anglais.
Pendant que la diplomatie échangeait ses notes, les généraux étaient rentrés de bonne heure en campagne. Marlborough, Eugène et Heïinsius, qui voyaient avec anxiété leur triumoirat près de finir, eussent bien voulu forcer la main au gouvernement anglais en portant quelque grand coup à la France; mais les Français se trouvèrent prêts, cette fois, aussitôt que leurs ennemis et, au moment où Eugène et Marlborough s’ébranlaient pour assiéger Arras, Villars se mettait en mouvement pour reprendre Douai (fin avril). On s’arrêta réciproquement : on se tint en échec pendant quelques semaines; Villars voulait attaquer dans les plaines d’Arras ; le roi le lui interdit et lui ordonna de se borner à défendre les nouvelles lignes, en attendant l'issue des négociations. Ces lignes s’étendaient de la mer à la Meuse : elles étaient formées par la Canche, la Scarpe, le Sanzet, l’Escaut et la Sambre, avec des levées qui fermaient les intervalles entre ces rivières; elles laissaient en dehors le Boulenoïs et la moitié de l’Artois, une grande partie de notre frontière déjà si réduite. Jusqu'à la fin de juillet, l'ennemi n’eut pas d'autre avantage que de vivre sur notre territoire. Eugène avait quitté l’armée alliée avec un très -fort détachement, pour aller en Allemagne protéger la diète électorale de Francfort, qui se préparait à élire le prétendant d’Espagne empereur à la place de son frère; un gros corps avait été également détaché de l’armée de Villars pour renforcer l’armée française du Rhin, qui faisait mine de vouloir troubler l'élection impériale. Vers la fin de juillet, Marlborough fit un mouvement vers la Haute-Lis, comme s’il menaçait Saint-Omer; puis il retourna brusquement vers Douai, dont la garnison renforcée venait d'occuper un passage sur le Sanzet, petite rivière intermédiaire entre la Scarpe et l’Escaut. L’armée alliée, franchissant le Sanzet, pénétra dans les lignes, que Villars nommait, dit-on, le non plus ultrà des ennemis : elle se trouvait dans une espèce de presqu'île formée par le Sanzet et l’Escaut, quand\Villars, accouru à marche forcée près de Cambrai, ferma la base de cette presqu'île. Si Villars eût poussé sur-le-champ à l'ennemi.
il l'eût surpris occupé à passer l’Escaut, situation extrêmement périlleuse : Villars n’osa transgresser la défense formelle qu'il avait d'attaquer; il espérait être attaqué lui-même et donner ainsi bataille sans désobéir ; mais Marlborough, de son côté, ne pouvait plus risquer d’être battu sans jouer sa tête. Il suivit son plan, passa l’Escaut (7-8 août) et investit Bouchain. Villars vint camper à Marquette, de l’autre côté de l’Escaut, et rétablit sa communication avec Bouchain par les marais; mais deux officiers généraux, auxquels il avait confié la garde de cette communication, la laissèrent surprendre presque sans résistance : Villars eut beau enlever quelques postes ennemis, cela ne répara pas l'échec de ses lieutenants, et il eut le chagrin de voir Bouchain obligé de se rendre le 12 septembre.
Marlborough eût voulu assiéger ensuite le Quesnoi; les États- Généraux craignirent que leur infanterie ne se ruinât dans un siége d'automne et c'était d’ailleurs s’exposer à reperdre Bouchain, que Villars n’eût pas manqué d’assaillir. Les alliés se contentèrent donc de remettre en défense cette conquête importante, non quant à la place elle-même, qui est fort petite, mais quant à sa position, qui sépare Valenciennes et Condé d’Arras et de Cambrai. On prit les quartiers d’hiver dès octobre‘.
La situation de l’Allemagne avait semblé devoir rendre la campagne intéressante sur le Rhin. On n’avait pas vu depuis bien longtemps la succession impériale complétement ouverte; il n’y avait pas de roi des Romains et le collége électoral était, en droit, absolument libre. Mais aucun prince n’était en mesure de disputer le sceptre à l’Autriche. L’électeur de Saxe, à peine rétabli sur le trône de Pologne par le contre-coup de la victoire des Russes à Pultawa, eut quelques velléités, qui s’en allèrent en fumée. Le maréchal d'Harcourt n’entreprit rien de sérieux, ni contre le duc de Würtemberg, qui lui fut d’abord opposé, ni contre Eugène, qui revint de Flandre prendre le commande ment à la fin de juillet. On s’observa toute la saison. Le but de Louis XIV n'avait guère été, en fortifiant son armée du Rhin, que d’obliger les ennemis de s’affaiblir en Flandre; il n’avait pas