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L'EMPEREUR CHARLES VI

un véritable intérêt à empêcher le prétendant, Charles d'Autriche, d'obtenir en Allemagne un titre qui serait le plus fort argument auprès des Anglais pour lui refuser l'Espagne.

L’archiduc Charles fut élu empereur, le 12 octobre, à Francfort. Les électeurs de Bavière et de Cologne n'avaient point été convoqués par l’électeur de Mayence, archi-chancelier de l’Empire, et cette exclusion avait été confirmée par le collége électoral; mais la capitulation perpétuelle que le collége imposa à son élu renferma une désapprobation, en termes généraux, du traitement infligé arbitrairement à deux des principaux membres de l'Empire, et stipula que l’empereur rétablirait dans leurs possessions les électeurs ou autres membres de l'Empire qui auraient été dépouillés avant d’avoir été condamnés par une diète générale, C'était là encore un grand pas de fait vers la paix européenne.

Charles d'Autriche s'était embarqué à Barcelone, le 27 septembre, sur une flotte anglo-batave, laissant sa femme aux Catalans comme gage de retour. Il débarqua près de Gênes, sans entrer dans cette ville, qui refusa de le saluer comme roi d’Espagne, et alla recevoir la couronne impériale à Francfort, le 22 décembre.

La guerre fut presque aussi nulle sur les Alpes et en Espagne que sur le Rhin. Le duc de Savoie répéta à peu près la campagne qu'avait faite le comte de Thaun en 1709, c’est-à-dire qu'il envahit la Savoie par le Mont-Cenis; que Berwick le laissa avancer jusqu'à Montmélian et Chambéri et, là, bien posté près de Barraux, l’arrêta court entre l'Isère et les montagnes. Le duc retourna en Piémont sans rien garder de la Savoie (juillet-septembre).

Quant à l'Espagne, on resta sur la conquête de Girone. L’ennemi avait reçu des secours par mer. Le gouvernement espagnot, relevé pour la seconde fois du dernier péril, retomba dans son ornière après Villa-Viciosa, comme après Almanza : la Castille s'était épuisée par l'effort de sa seconde délivrance. Vendôme ne put rien tenter de considérable.

La guerre de mer, qui, depuis longtemps, n’offrait plus que des rencontres partielles, des chocs entre de petites escadres, fut

signalée, cette année, par une expédition analogue à ce sac de Carthagène qui avait terminé, en Amérique, la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En août et septembre 1710, une escadrille française avait attaqué la capitale du Brésil, Rio-de-Janeiro : les soldats débarqués, trop peu nombreux, avaient été accablés dans la ville même, où ils avaient pénétré; ceux qui restaient s'étant rendus, les Portugais en avaient fait périr une partie, avec le commandant. On résolut de les venger. Duguai-Trouin, la terreur des alliés‘, partit avec huit vaisseaux de ligne et sept grandes frégates équipés à Brest et à Rochefort : on lui donna deux mille cinq cents soldats, outre ses équipages. Le 12 septembre 1711, il força le double goulet qui protége la baie de Rio. Le 13, il s’empara d’un îlot qui ferme le port, à une portée de fusil de la ville. Le 14, il débarqua troupes et canons. Du 16 au 19, il établit des batteries sur l’îlot et sur une presqu'île voisine. Le principal fort qui défendait le port fut pris entre ces deux feux sur ses flancs et un vaisseau de ligne en front. Les ennemis brülèrent leurs magasins, firent sauter ou coulèrent quatre vaisseaux de ligne portugais échoués sous leur fort et d’autres bâtiments. Le 21, les Français assaillirent la ville et la trouvèrent abandonnée. L’ennemi avait emporté tout ce qu’il avait pu : le butin fut toutefois énorme. Les forts se rendirent le 23 septembre. L’ennemi, pour que la ville ne fût pas détruite après avoir été pillée, paya une rançon de 1,860,000 francs, et l’escadre française remit à la voile le 13 novembre, emmenant deux frégates de trente-cinq canons. La perte des Portugais monta au moins à 20 millions, dont huit seulement revinrent aux armateurs. Le succès de l'expédition fut malheureusement acheté par la perte de deux vaisseaux de soixante et soixante-quatorze canons, qui naufragèrent, au retour, près des Açores, et périrent avec tout ce qu’ils portaient ?.

Depuis la fin de la campagne en Flandre, l'attention de l’Europe s'était reportée tout entière sur les négociations, et Londres devint le théâtre d’une guerre diplomatique plus vive, plus achare née que n'avait été la guerre des champs de bataille. Heïinsius et

1. Depuis vingt-trois ans qu’il guerroyait, il avait pris seize vaisseaux de ligne ou grandes frégates et plus de trois cents vaisseaux marchands. 2. V. Mém. de Duguai-Trouin, p. 650-661. — Quinci, t. VI, p. 603.

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