PRISE DE RIO DE JANEIRO
ses adhérents, qui avaient enchaîné la Hollande aux intérêts et aux passions de la maison d'Autriche, étaient aussi effrayés qu’irrités de la péripétie imprévue qui allait briser la coalition en détachant le principal anneau, l'Angleterre. Ils s’attachaient, avec une sorte de désespoir, aux préliminaires de 1709 : ils envoyèrent à Londres le négociateur de La Haie et de Gertruydenberg, Buys, pour tâcher de persuader à la reine Anne de renvoyer ses nouveaux ministres. Buys échoua. Les ministres tories réfutèrent facilement ses plaintes sur la défection de l'Angleterre. Aucun des alliés ne remplissait plus ses engagements; la Hollande, qui, à la vérité, en avait contracté d'énormes, s’en était relächée dès 1707 : dans les derniers temps, elle n’avait plus fourni que le tiers de son contingent sur mer et, en tout, que la moitié de sa part convenue : Buys fut forcé d’avouer qu’elle n’était pas en état d’acquitter ses promesses. L’Angleterre, au contraire, avait toujours rempli, souvent dépassé ses engagements, mais succombait sous le poids : elle dépensait sept millions sterling par an! L’ambassadeur impérial Galas ne fut pas mieux écouté que Buys et se fit même interdire la présence de la reine, en représailles de ses intrigues contre le ministère. Les agents de l'héritier présomptif d'Angleterre, l'électeur Georges de Hanovre, n’eurent pas plus de succès : l'électeur était grand ennemi de la France, qui donnait asile et protection à son compétiteur, au prétendant Jacques II; mais il n'avait aucun crédit auprès de la reine Anne, qui, dans le fond de l’âme, ne voyait qu'avec chagrin la couronne des Stuarts destinée à passer, après elle, dans une maison étrangère. Les menées des ambassadeurs eurent seulement ce résultat, que la reine Anne insista impérieusement, auprès des États-Généraux, pour l'ouverture prochaine des conférences générales en Hollande et pria Louis XIV de lui confier, sous le secret, les conditions définitives qu’il était disposé à offrir aux alliés. Le roi les lui envoya par l’abbé Gauthier (fin novembre 1711). Il consentait à céder Ypres et Furnes pour la barrière, moyennant la restitution d’Aire, de Béthune, de Saint- Venant, de Douai, de Bouchain : il redemandait Lille pour compenser la démolition de Dunkerque et offrait à la Hollande le tarif commercial de 1664 et la suppression du droit de cinquante
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sous par tonneau, à condition que l'électeur de Bavière eût la Belgique, sur laquelle Philippe V se disposait à lui céder tous ses droits; il insinuait de faire le duc de Savoie roi de Lombardie. Moyennant le rétablissement des électeurs de Bavière et de Colone, il offrait de rendre Kehl, de raser les forts dépendant de Strasbourg sur le Rhin et tous les forts de la rive droite, et d’échanger Brisach contre Landau.
Le temps n’était plus où l’on offrait Lille et l’Alsace sans obtenir d'être écouté !
Les États-Généraux ne purent différer plus longtemps d’expédier, par l'intermédiaire de l'Angleterre, les passe-ports pour les pléniputentiaires français. Utrecht était le lieu désigné. Louis XIV n’avait pas voulu de La Haie, afin d’écarter Heinsius. La Hollande, la Prusse et la Savoie remirent leurs intérêts entre les mains de la reine d'Angleterre, mais sans que la Hollande cessât d’insister sur la base des préliminaires de 1709. Louis XIV consentit que les représentants de l'Espagne et des deux électeurs bavarois n’assistassent pas à l’ouverture des conférences et ne s’y présentassent qu'après que les qualités de leurs maîtres auraient été reconnues par les alliés. La France était là pour défendre ses amis absents.
Le parti autrichien et les whigs n’étaient nullement résignés. Les whigs n’avaient pas pour unique mobile leur haïne contre Louis XIV ou les intérêts de leurs chefs; ils soupçonnaient, prématurément, à ce qu’il semble, un plan concerté entre la reine et ses ministres contre la cuccession protestante et pour le rappel du prétendant au trône après sa sœur. Les plus ardents parmi eux voulaient prévenir ce péril à tout prix et avaient déjà projeté, à Londres, un soulèvement qui ne fut pas exécuté. Sur ces entre. faites, se réunit le nouveau parlement convoqué par la reine (18 décembre). Anne, dans son discours d'ouverture, annonça nettement une paix prochaine. Les whigs, dans la chambre haute, se déchaînèrent contre tout traité qui ne rendrait pas intégralement la monarchie espagnole à l’Autriche : ils eurent une voix de majorité chez les lords; mais les tories, que le ministère avait aidés de toute l'influence royale dans les élections, l’emportèrent, à une grande majorité, aux communes.
Le parti autrichien essaya d’une dernière ressource : il envoya