PLANS POLITIQUES DE FÉNELON
par la robe) domine les premiers seigneurs. Fénelon voudrait l’indépendance réciproque des deux puissances : l’Église peut excommunier le prince; le prince peut faire mourir le pasteur; l’Église n’a pas droit d’élire ou déposer les rois. Les ecclésiastiques doivent contribuer aux charges de l’État par leurs revenus. Le commerce des évêques avec leur chef doit être libre, ainsi que les conciles provinciaux. Il convient que le roi mette des évêques dans son conseil pour les affaires mixtes. Cette liberté que Fénelon réclame pour les évêques, il est loin d’en vouloir faire part aux curés, car il conçoit l’Église, comme l’État, fort aristocratique. Il propose un plan pour déraciner le jansénisme : demander une nouvelle bulle à Rome, faire déposer les évêques qui refuseront de l’accepter, destituer tous les docteurs, professeurs, etc., imbus de jansénisme‘. C’est là pour lui une grande hérésie qu'il faut abattre à tout prix.
Quant à la noblesse, lui attribuer toutes les charges de la maison militaire et civile du roi. Préférer partout les nobles pour les grades. Toute noble maison doit avoir un majorat inaliénable, comme en Espagne. La liberté du commerce en gros, sans déroger. Interdiction des mésalliances. D’autres mesures encore doivent être prises pour séparer et fortifier la noblesse. Les nobles doivent être préférés aux roturiers, à mérite égal, pour les fonctions judiciaires. Il faut substituer, là où on le pourra, des magistrats d’épée aux magistrats de robe.
Abolition de la vénalité des charges. Corriger et réunir toutes les coutumes en un bon code. Peu de dispositions libres quant aux biens : la loi doit régler la transmission presque absolument. Sévère réprobation de tout commerce d'argent par usure, hors les banquiers dont on ne peut se passer ?. Examiner, dans les États-Généraux et Provinciaux, s’il faut abolir les droits d'entrée et de sortie. Établir des manufactures, mais sans prohibition des marchandises étrangères. Libre commerce avec les Anglais et Hollandais : la France est assez riche si elle vend bien ses blés, huiles, vins, toiles, tout ce qui sort de son sol. Bureau de com-
1. C’est précisément la marche qu’on essaya bientôt de suivre par la bulle Unssenitus.