Hist. de V'Édit de Nantes, t. V, p
2. Hist. de l'Édit de Nantes, t. V, Preuves, p. 192. — M. le duc de Noaïlles pense que cette loi ne fut pas exécutée : on a des exemples de son exécution même dans les familles les plus illustres; voyez dans la Correspondance administrative sous Louis XIV, t. IV, Introd, p. xvu-xxur, l’histoire du duc et de la duchesse de La Force. Leurs enfants leur furent arrachés par la police; puis, le duc, faible caractère, s’étant converti, sa femme le ramena au protestantisme. On enferma le mari et la femme, l’un à la Bastille, l’autre au château d'Angers. Le duc abjura de nouveau : on le relâcha ; il tomba malade ; on permit à sa femme de le rejoindre; mais un exempt de police eut ordre de surveiller de jour et de nuit les deux époux et de ne les laisser jamais seuls ensemble. Quand la maladie s’aggrava, on enferma la femme dans un appartement séparé et, durant les derniers quinze jours de la vie de son mari, elle ne put approcher du lit où il expira à quelques pas d'elle sans l'avoir revue. Nous ne connaissons rien d'aussi caractéristique que cette anecdote. — Un autre édit de janvier 1686 priva les femmes et veuves hérétiques de tous les avantages matrimoniaux et HT Aro AE Tester. 7
52 L'OUTS XIV [1685-1686]
breux, fut particulièrement le théâtre d’abomimables excès !. Paris et l'Alsace furent seuls préservés, jusqu’à un certain point. Louvois n’osa montrer de tels spectacles à la société de Versailles et de Paris; le roi ne les eût pas supportés. Le peuple de Paris alla démolir le temple de Charenton, objet de sa vieille animosité : le pouvoir pesa fortementsur les huit ou neuf mille huguenots qui res taient dans la capitale, et en entraîna les deux tiers, par l’intimidation, à une conversion simulée; mais il n’y eut point de violences éclatantes, si ce n’est l’exil des trente anciens du consistoire en divers endroits du royaume, et les soldats ne parurent pas. Le lieutenant de police La Reinie prit soin de rassurer les principaux marchands et le dernier article de l’Édit de Révocation fut à peu près observé à Paris et aux environs. Quant à l’Alsace lufthérienne, elle n’avait rien de commun avec le régime de l’Édit de Nantes et des calvinistes français : le traité de Westphalie, la capitulation de Strasbourg, tous les actes qui la rattachaient à la France, lui assuraient un état religieux à part. On essaya bien d'entamer le luthéranisme par tous les moyens d’influence et par un système de tracasseries ; mais les attaques directes se bornèrent à la suppression du culte public dans les lieux où il y avait deux tiers de catholiques ?. Les événements politiques qui remuèrent bientôt l’Europe forcèrent le gouvernement français à ménager les populations de cette frontière récemment conquise.
Les convertisseurs s’en dédommagèrent aux dépens d’une autre population des frontières, qui ne relevait pas de la France. Les Vaudois, ces aînés de la Réforme, s'étaient toujours maintenus en possession des hautes vallées alpestres, sur les confins du Piémont et du Dauphiné, malgré les persécutions que leur avaient fait maintes fois endurer les gouvernements de France et de Piémont. Les Vaudois piémontais avaient leur édit de Nantes, c’est-à-dire la liberté de culte dans les trois vallées de Saint- Martin, de Le Luzerne et de La Pérouse. Lorsque la dragonnade envahit le Dauphiné, les Vaudois des environs de Briançon et de Pignerol se réfugièrent en foule chez leurs frères des vallées sou-