QU'EUT ÉTÉ LE DAUPHIN
des châtiments immédiats, est pour lui un des principes fondamentaux du pouvoir. Il s’obstine à fermer les yeux sur les suites de la révocation et ne veut pas même croire, à ce sujet, les Mémoires des intendants! Bref, il semble n’avoir plus son libre arbitre ni l'usage de son intelligence lorsqu'il s’agit de religion. L'esprit de scrupule et de terreur, la terreur de l'enfer, il faut bien le dire, est ce qui domine ici. C’est ce même esprit négatif et timoré qui inspire au prince la crainte des savants de profesfession, des gens de lettres, des théoriciens, des hommes à idées: il pressent leur redoutable essor dans le siècle nouveau et voudrait l’étouffer. Envers les beaux-arts aussi, bien plus rigoureux que Fénelon, il est véritablement janséniste; il renonce entièrement aux spectacles, il les défendra peut-être quand il sera roi : tout cela n’est qu’occasion de péché.
On peut donc résumer, avec presque certitude, les caractères qu'aurait eus le règne du petit-fils de Louis XIV. Économie sévère; sollicitude toute chrétienne envers le peuple et les pauvres; tendance du prince à limiter son propre pouvoir par des règles fixes et indépendantes des caprices et des circonstances; respect des droits wraditionnels de chacun; efforts pour réformer avec rigidité les mœurs du pays, même aux dépens de la sociabilité et de la splendeur nationales, le devoir posé comme idéal au lieu de la gloire; plus rien de cette adoration mystique de la royauté par elle-même, qui avait été une religion pour Louis XIV : un roi, aux yeux du duc de Bourgogne, n’est qu'un homme chargé d’un plus lourd fardeau que les autres hommes et qui doit demander à Dieu la force de le porter; dans la pensée de Louis XIV, le roi avait, de droit, pour ainsi dire, cette inspiration divine, cette infaillibilité temporelle, que le duc de Bourgogne implore humblement.
Abolition des impôts vexatoires et de tous impôts indirects; impôt unique établi sur le seul revenu de la terre, principe spécieux que nous verrons bientôt devenir celui d’une grande secte économique, les physiocrates, mais que Vauban, homme de pratique autant que de théorie, s’était bien gardé de proposer, lui