‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 302 sur 341 · Vie du duc de Bourgogne, t. II, p · texte numérisé non relu

Vie du duc de Bourgogne, t. II, p

qui sentait que l’industrie ajoute une valeur réelle à la valeur des produits de la terre et que le revenu mobilier doit être atteint par l'impôt comme lerevenu terrier ‘. L'industrie et la marine sacrifiées à l’agriculture. Substitution des formes aristocratiques aux formes monarchiques en matière d'administration et de finances; conseils oligarchiques, États oligarchiques, remplaçant les ministres bourgeois et les intendants bourgeois; monarchie aristocratique consultative. En religion, orthodoxie étroite et oppressive : la persécution, sous Louis XIV, frappait les protestants et les jansénistes, et passait à côté des incrédules, encore enveloppés d’un demi-jour ; sous le duc de Bourgogne, elle eût frappé partout, à mesure que la nouvelle philosophie eût grandi; le vieux gallicanisme lui-même eût été en disgrâce au profit d’un ultramonta- : nisme mitigé; Fénelon ne voulait pas comprendre que, tant que le catholicisme était la religion de l’État, tant que l’Église était un corps politique et une autorité positive, les barrières gallicanes et parlementaires étaient indispensables à l’indépendance nationale. En politique comme en religion, malgré des idées d’humanité et d’audacieuses innovations économiques, le règne nouveau eût été tourné vers le passé, non vers l’avenir. Espèce de saint Louis égaré dans la génération de Voltaire, le duc de Bourgogne eût gouverné à rebours de lesprit du dix-huitième siècle : le siècle était à l’affranchissement illimité des esprits; le prince eût voulu tout ramener sous la vieille autorité religieuse; le siècle allait au mélange des classes, à l'égalité civile et politique; le prince eût visé à rétablir la vieille hiérarchie, minée par les rois eux-mêmes, et à constituer en France ce qui n’y avait jamais existé, une aristocratie gouvernante. Fénelon, pendant un temps, l'eût modéré, l’eût couvert de son génie sympathique et conciliant; mais, après Fénelon, une nouvelle réaction, cette fois définitive, n’eût pas tardé à se produire et contre les erreurs et même contre les vertus du monarque... Mieux lui valut mourir dans l'éclat de la jeunesse et de la popularité : il n’eut point à se plaindre de la Providence!

Celui qui méritait d’être plaint, c'était son aïeul, c'était ce vieil-

1. Le duc de Bourgogne fait, dans ses écrits, un grand éloge de Vauban, mais ne semble pas l'avoir lu ou compris.

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