TRÊVE AVEC LES ANGLAIS
députés hollandais réclamèrent un délai afin de consulter les États - Généraux et les plénipotentiaires de l’empereur (25 juin). Pendant ces pourparlers, Le Quesnoi, assez mal défendu, se rendit dès le 4 juillet, sans que Villars eût rien entrepris '.
Eugène se trouva ainsi maître du terrain entre l’Escaut et la Sambre. Il continuait d’aller à ses fins malgré la défection des Anglais. La prise du Quesnoi et la désobéissance des mercenaires anglo -allemands encouragèrent Heinsius et ses amis à repousser la trêve, de concert avec les Impériaux : ordre fut envoyé aux commandants des places conquises sur la France de ne pas recevoir les troupes anglaises dans leurs murs. La séparation entre les Anglais et leurs anciens alliés fut consommée, le 17 juillet, par le départ du duc d’Ormond, qui abandonna ses quartiers, proche de Douai, pour se retirer vers la Flandre maritime. Il n’emmenait avec lui que dix-huit bataillons et deux mille chevaux, Anglais nationaux, et un très-petit corps allemand et liégeois, quinze ou seize mille hommes peut-être en tout, sur plus de cinquante mille qui avaient été à la solde britannique : l'Angleterre avait soutenu cette grande guerre quasi exclusivement avec le sang de l'Allemagne. Les Hollandais fermèrent les portes de plusieurs villes à Ormond, mais ne purent l'empêcher d’occuper Gand, dont le château avait déjà garnison anglaise (23 juillet) : Ormonrd fit sortir de Gand ce qu’il y avait de troupes à la solde de Hollande et se saisit également de Bruges et des postes situés sur le canal de Bruges à Ostende. Le 19 juillet, cinq mille Anglais, débarqués à Dunkerque, avaient pris possession des forts et des. remparts, comme prix de la trêve et garantie des promesses du roi de France.
Eugène, malgré la retraite des Anglais, était encore supérieur à Villars, l’empereur ayant envoyé aux Pays-Bas vingt-trois mille soldats qui ne lui étaient plus nécessaires dans la Hongrie pacifiée. Le jour même du départ d’Ormond, Eugène revint du Quesnoi sur la Selle, la petite rivière du Câteau, comme pour marcher aux Français. Villars passa l’Escaut et se porta au-devant de l’ennemi. Eugène s’étendit sur sa gauche, au lieu d'avancer, et fit
1. Torci, p. 718. — Lettres de Bolingbroke, t,. I, p. 195. — Villars, p. 209,
investir Landrecies. Le plan d’'Eugène se développait : il était redoutable, mais hasardeux ; laisser en arrière, d’un côté, Valenciennes et Condé, de l’autre, Maubeuge, Charleroi et Namur, tenir le Haut-Escaut par Bouchain, la Sambre par Landrecies, l’intervalle entre ces deux rivières par Le Quesnoi, et, une fois assuré de sette base, marcher en avant. En entrant par Bouchain, il aurait fallu prendre ou tourner Cambrai; mais, si l’on entrait par Landrecies, il n’y avait plus rien jusqu’à Paris que la bicoque féodale de Guise. L'armée ennemie se partagea en trois corps : le premier, sous le prince d’Anhalt-Dessau et le général Fagel, fit le siége de Landrecies; le second, le plus fort des trois, sous Eugène en personne, s'établit sur l’Escaillon, pour couvrir le siége ; le troisième , sous le comte d’Albemarle, général anglais au service de Hollande, fut posté dans un camp retranché, à Denain, sur l'Escaut, entre Valenciennes et Bouchain, pour assurer les convois qui allaient des magasins de Marchiennes au camp de Landrecies. D’anciennes lignes françaises de 1709, réparées et augmentées, barraient le pays entre l’Escaut et la Scarpe et faisaient communiquer à couvert le camp de Denain avec Marchiennes, où les alliés avaient établi leur entrepôt général. Les alliés appelaient ces deux lignes parallèles le chemin de Paris.
C'était là une base d'opérations bien témérairement étendue, en présence d’un adversaire tel que Villars. L’armée alliée tenait douze à quinze lieues de pays. Eugène avait trop oublié ses propres campagnes de l’Adige! La timidité forcée de Villars, en 1711, avait inspiré au chef ennemi une confiance exagérée : il s’imaginait que le général français avait défense de rien hasarder dans aucun cas.
Les mouvements de Villars commencèrent à faire revenir Eugène de cette opinion : le maréchal se déploya entre Cambrai et Landrecies, passa la Selle près de sa source et parut se disposer à assaillir la circonvallation des assiégeants. Eugène se concentra, pour soutenir les lignes de siége : ces lignes étaient très-fortes et la victoire lui semblait assurée. Les lieutenants de Villars trouvaient aussi leur chef bien hasardeux. Le 23 juillet au soir, cependant, ordre fut donné à l’armée de marcher aux assiégeants, mais, pendant ce temps, un gros de cavalerie retournait