‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 308 sur 341 · BATAILLE DE DENAIN · texte numérisé non relu

BATAILLE DE DENAIN

franchir la Selle, descendait cette rivière et en gardait les passages : les hussards français battaient les plaines pour arrêter les donneurs d'avis et les éclaireurs ; un corps d'infanterie retournait droit à l’Escaut et allait jeter des ponts à Neuville, entre Bouchain et Denain. Tout à coup, le gros de l’armée fit demi-tour à gauche et suivit ces détachements, au grand mécontentement des soldats, qui croyaient qu’on tournait le dos à l'ennemi. Ils se ravisèrent bientôt et comprirent qu’on allait au camp de Denain. L’honneur du projet appartenait au maréchal de Montesquiou : le général en chef n’avait fait qu’adopter et développer la pensée de son second !.

Le 24 au matin, les ponts de Neuville furent achevés sans opposition, grâce aux précautions prises et à la négligence du commandant de Denain, Albemarle. Villars, accouru à l’avant- garde, passa, non sans peine, un petit marais au delà de l’Escaut, qui eût été très-facile à défendre, si l’ennemi fût arrivé à temps; mais l’ennemi ne fut pas même en mesure de défendre sérieusement les lignes. La parallèle du côté de Bouchain fut emportée d'emblée, et un convoi, avec son escorte, fut enlevé dans les lignes. Albemarle replia ses troupes dans son camp retranché, et Vavant- garde française se mit en communication avec la garnison de Valenciennes, sortie pour prendre l’ennemi à revers. Eugène, cependant, averti, seulement le matin, de la marche des Français, était accouru à toute bride avec son état-major. Il renforça Albemarle de quelques bataillons postés vers Thian, à la droite de l’Escaut, le conjura de tout faire pour tenir jusqu’à l’arrivée du gros des alliés et alla se placer sur une hauteur, de l’autre côté de l’Escaut, pour voir venir et diriger ses forces. Au loin, sur les plateaux, on apercevait déjà les têtes des colonnes ennemies.

Villars sentit qu’il fallait enlever la victoire au pas de course. Il ne prit pas le temps de faire des fascines pour combler le fossé du camp. « Les corps de nos gens seront nos fascines ! » On fit

1. Suivant Voltaire, bien informé de ce qui regarde Villars, c’étaient un curé et un conseiller au parlement de Flandre qui, se promenant ensemble vers ces quartiers, avaient imaginé les premiers qu’on pouvait aisément attaquer Denain et Marchiennes. Le conseiller donna son avis à l’intendant de la province ; celui-ci à Montesquiou;

fontesquion à Villars. Sicie de Louis XIV, chap, xxIt,

la prière, et l’on se jeta dans les fossés, sous un feu effroyable de canon et de mousqueterie. Heureusement, le fossé était peu profond et la levée peu solide : le parapet s’éboula et nos fantassins se jetèrent avec intrépidité dans le retranchement. Un moment après, la cavalerie se fit une ouverture sur un autre point. Les ennemis essayèrent de se rallier dans le village et l’abbaye de Denain. Ils y furent forcés; le comte d’Albemarle et plusieurs princes allemands furent enveloppés et pris. Tout le reste des ennemis se précipita en pleine déroute vers le pont de bateaux qu'ils avaient sur l’Escaut. Le pont croula sous les fuyards ; presque tout fut tué, pris ou noyé ; quatre généraux périrent; dix-sept bataillons, qui avaient défendu les retranchements, furent à peu près anéantis sous les yeux d’Eugène. Ce prince, exaspéré, s'était mis à la tête de ses premières colonnes et tentait en ce moment de déboucher par un autre pont que les alhés avaient établi à Prouvi, entre Denain et Valenciennes; mais le pont de Prouvi était déjà au pouvoir des Français, et Eugène ne réussit qu’à faire encore tuer là quelques centaines de ses gens. Les députés des États- Généraux, à force d’instances, l’obligèrent à cesser l'attaque et à se retirer, la rage dans le cœur. L’ennemi avait perdu huit mille hommes et douze canons, les Français pas plus de cinq cents hommes; Villars envoya plus de soixante drapeaux à Versailles, dont les murs en deuil avaient perdu l'habitude de ces glorieuses tentures !

Le jour même du combat, un corps français était allé masquer Marchiennes : du 25 au 26, d’autres corps assaillirent et emportèrent Saint-Amand, Anchin, Mortagne, tous les postes occupés par l’ennemi le long de la Scarpe , depuis Douai jusqu’à l’embouchure de la Scarpe dans l’Escaut. Tous les efforts se concentrèrent ensuite sur Marchiennes, qui se rendit le 30. On y prit plus de quatre mille soldats, quinze cent mariniers, qui faisaient le service des convois par eau, force chevaux et provisions, et cent canons, dont soixante de siége ; en un mot, tout le magasin de réserve des ennemis. Les garnisons de Valenciennes, d’Ypres, des villes maritimes, avaient joint l’armée, et Villars était supérieur à Eugène, qui ne put rien faire pour empêcher la destruction de tout ce que les alliés avaient de troupes à la gauche de l’Escaut. Du 24

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