‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 309 sur 341 · TRIOMPHES DE VILLARS · texte numérisé non relu

TRIOMPHES DE VILLARS

au 30 juillet, les alliés avaient perdu quatorze à quinze mille hommes, contre une perte presque nulle du côté des vainqueurs. Ce ne fut là que le moindre résultat de la victoire. Villars poussa vigoureusement ses succès. Après avoir rasé les retranchements ennemis de l’Escaut et de la Scarpe, il investit Douai le 31 juillet, retrouva et employa, pour reconquérir cette ville, une partie des lignes que les ennemis avaient élevées pour la prendre en 1710 et qu’ils avaient eu l’arrogance de ne point raser, comme si tout retour offensif eût été à jamais interdit aux Français. Eugène avait été forcé de lever le siége de Landrecies dès le 29, par l’impossibilité de faire subsister son armée depuis la perte de ses magasins et de ses communications. Il alla repasser l’Escaut à Tournai, se porta à Séclin, entre Lille et Douai, puis vint reconnaître la vaste circonvallation de Villars, vers Pont-à-Rache, entre Douai et Anchin. C’était le côté le plus vulnérable; mais Villars l’avait fortifié par de bons retranchements et en faisant refluer la Scarpe dans son fossé par un barrage. Après avoir campé quinze jours en vue du camp français, Eugène reconnut l'attaque impossible et se retira (27 août). Le même jour, le furt de Scarpe capitula : le 8 septembre, la ville de Douai en fit autant, après un assaut qui avait livré aux Français à peu près tous les dehors. Trois mille soldats, reste de la garnison, demeurèrent prisonniers. Tout le cours de la Scarpe était reconquis.

Villars et le gros de l’armée n'étaient déjà plus devant Douai, quand cette ville ouvrit ses portes. Villars, sur l'avis qu'Eugène passait derechef l’Escaut vers Tournai, était parti, le 8 septembre au matin, pour aller passer, de son côté, cette rivière à Valenciennes. Eugène, prévoyant de nouvelles entreprises dès que Douai serait tombé, voulait aller couvrir Le Quesnoi, où il avait déposé tout son parc de siége en levant son camp de Landrecies, et me-, nacer Maubeuge pour tâcher de détourner Villars d’assiéger Bouchain. Villars prévint son adversaire, et Le Quesnoi fut investi le 8 au soir. Eugène ne parut que le 10 et vit les Français entre lui et Le Quesnoi, le long de la petite rivière d'Honneau. Il fut aussi impuissant à secourir Le Quesnoi qu’à secourir Douai. La place capitula le 4 octobre : on y trouva un attirail de guerre deux fois plus considérable encore qu'à Marchiennes ; cent seize gros ca-

nons de siôge, sans les pièces de campagne, cent quaranie mortiers, des munitions immenses; tout cela valait bien trois millions. Eugène, au désespoir, s'était éloigné, le 29 septembre, pour ne point assister à ce nouveau désastre.

Avant que Le Quesnoi se fût rendu, Bouchain avait déjà été investi, malgré les pluies d’automme. Il capitula dès le 19 octobre. Ce fut le couronnement de cette fameuse campagne de 1712, qui avait, tout à coup et sans transition, reporté la France du fond de Vabîtme jusque sur les hauteurs glorieuses d’où elle était depuis longtemps descendue !

On était si accoutumé au malheur, qu’on ne pouvait croire à ce retour de fortune. Il semblait que ce fût quelque rêve des beaux jours passés; on craignait de s’éveiller ! Beaucoup de gens s'étaient d’abord imaginé que l’affaire de Denain n’était qu’un petit succès enflé par la vanité de Villars ! Il fallut pourtant bien finir par reconnaître que le terrible vainqueur de Hôchstedt, de Turin, d’Oudenarde et de Malplaquet était vaincu à son tour, et que la France militaire s’était enfin retrouvée elle-même ‘.

Tout avait été concentré aux Pays-Bas : dans le reste de l’Europe, la guerre paraissait près de s’éteindre obscurément. La campagne avait été nulle sur le Rhin et sur les Alpes : le duc de Savoie était tout occupé d’arranger sa paix par l'intermédiaire de l'Angleterre. En Espagne, le gouvernement de Philippe V était sans ressources pour compléter l’œuvre de Villa-Viciosa, et le célèbre capitaine qui avait relevé en Castille sa renommée déchue en Flandre, Vendôme, était mort, le 11 juin, d’un trépas peu héroïque, des suites d’une indigestion, à l’âge de cinquante-huit ans?. Les ennemis, renforcés par des troupes impériales qui venaient de prendre Porto-Ercole, un des présides de Toscane (5 mai), essayèrent de mettre à profit la mort de Vendôme et firent avancer trente et quelques mille hommes en deux corps, le plus gros sur la Sègre, l’autre contre Girone. Mais, sur ces entrefaites, arriva la nouvelle de la trêve entre la France et l'Angleterre. Vers l'automne, les troupes anglaises quittèrent la Catalogne et le Portugal ; le roi

1. Villars, p. 210-216. — Lamberti, t. VII, p. 94-187. 2. Philippe V Le fit inhumer à l’Escurial, dans le caveau des infants d'Espagne.

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