ESPAGNE. POURPARLERS
de Portugal", à qui l’empereur ni la Hollande ne fournissaient plus aucuns subsides depuis un an, et qui voyait ses possessions coloniales cruellement désolées par la guerre maritime?, ne songeait, comme le duc de Savoie, qu’à faire sa paix avec les deux cowronnes, par l'entremise des Anglais ; ses agents signèrent à Utrecht, le 7 novembre, une trêve, à la suite de laquelle les auxiliaires portugais évacuèrent la Catalogne, comme avaient fait les Anglais. Les Austro-Bataves et les Catalans, très-affaiblis par cette double défection, se retirèrent sur Barcelone et Tarragone et levèrent le siége de Girone devant Berwick, arrivé des Alpes (janvier 1713.) Les Impériaux ne pouvaient plus tenir longtemps en Catalogne, si les Français y restaient en force.
Pendant les succès de Villars en Flandre, les cabinets de Versailles et de Saint-James avaient continué de travailler à la paix, dont ces succès augmentaient chaque jour les chances. Après la renonciation de Philippe V convenue, les deux cours avaient en d’assez longues discussions sur les intérêts du duc de Savoie et de l'électeur de Bavière; un des deux secrétaires d’état des affaires étrangères de la reine Anne, Saint-John, qu’Anne venait de créer lord Bolingbroke, passa en France à la fin d'août, pour accélérer les négociations, et y fut reçu comme un ange de paix. Il eût souhaité d’être autorisé à conclure immédiatement entre l’Angleterre et la France un traité définitif, comme le réclamait le gouvernement français; mais le grand trésorier Harley, comte d'Oxford, s’y était opposé, par ménagement secret pour l'électeur de Hanovre, héritier du trône britannique, et Bolingbroke ne put que régulariser la trêve jusqu’à la fin de décembre, époque après laquelle elle fut prorogée. Les dernières difficultés, sur divers points importants, furent levées de vive voix entre Bolingbroke et Torci.
Les revers des alliés avaient cependant beaucoup modifié les dispositions des Hollandais, si fiers encore avant Denain, et ils
1. C'était le jeune don Ioao V, qui avait succédé, le 9 décembre 1706, à son père Pedro II,
2. Sant-lago du Cap Verd fut traité, en 1712, par le corsaire Cassart, comme Riode-Janeiro l'avait été, en 1711, par Duguai-Trouin. Cassart ravagea également, cette année, la Guyane hollandaise et les petites Antilles anglaises, Saint-Christophe e: Monserrat.
avaient sollicité l'entremise des Anglais, afin de renouer les conférences d’Utrecht, suspendues de fait depuis le commencement d'avril, sans que les plénipotentiaires eussent quitté cette ville. Le roi y consentit, mais en intimant à ses envoyés de poser pour point de départ la restitution de Lille comme compensation de la ruine de Dunkerque, d’excepter Tournai, Condé, Valenciennes et Maubeuge de la barrière demandée en 1709 par les Hollandais; enfin, d'exiger la restitution des places perdues par la France depuis 1709. Les situations étaient bien changées : « Nous prenons, » écrivait l'abbé de Polignac, « la figure que les Hollandais avoient à Gertruydenberg, et ils prennent la nôtre : c'est une revanche complète.» Les Hollandais cédèrent sur Lille. Leur abaissement même leur devint avantageux. L’opinion, en Angleterre, avait eu bien de la peine à accepter le rapprochement avec la France : elle revint aux Hollandais, sitôt qu’elle les vit disposés sérieusement à accepter la paix, et ne permit pas au gouvernement britannique de trop sacrifier les intérêts de la Hollande aux intérêts français. Louis XIV jugea prudent de faire une grave concession, de renoncer à Tournai. La reine Anne, à cinquante ans, avait une santé complétement ruinée par l’abus des liqueurs spiritueuses : sa mort pouvait amener tout à coup sur le trône d'Angleterre un prince très-hostile à la France. Louis, de son côté, sentait s’altérer par degrés son robuste tempérament; il avait soixante - quatorze ans, et les terribles secousses de l’année 1712 avaient bien usé cette vieillesse jusque-là si verte. Il ne voulait pas léguer à la France une minorité avec la guerre. L’Angleterre accepta les conditions que mit le roi à l'abandon de Tournai et Les fit accepter à la Hollande. Le 29 janvier 1713, les deux puissances maritimes signèrent entre elles un traité qui annulait le pacte de la barrière, du 28 octobre 1709, et qui réduisait la barrière aux places convenues avec Louis XIV, à savoir : Furnes, le fort de Knocke, Ypres, Menin, Tournai, Mons, Charleroi, Namur, la citadelle de Gand et quelques forteresses voisines
1. Mém. de Torci, p. 729. Un autre propos, attribué à l’abbé de Polignac, est resté célèbre : dans un moment où les Hollandais, excites par l'ambassadeur autrichien Sinzendorf, qui « sentait bien vivement sa décadence », faisaient mine de
rejeter les propositions de la France et de rompre le congrès : « Nous traiterons de vous, chez vous et sans vous! » se serait écrié Polignac.