‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 311 sur 341 · CONDITIONS DE PAIX · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE PAIX

de Gand et de Bruges, lesquelles places ne pourraient jamais dorenavant être cédées à la France ni à un prince français. Le roi avait consenti à céder Furnes et Ypres pour recouvrer Béthune, Aire et Saint- Venant. On convint que l'électeur de Bavière garderait provisoirement le domaine utile du Luxembourg, de Namur et de Charleroi, jusqu’à ce qu’il eût été rétabli et dédommagé par l’empereur, à qui étaient attribués les Pays-Bas espagnols ; qu'il deviendrait, de plus, roi de Sardaigne; que le duc de Savoie serait roi de Sicile.

Rien ne s’opposait plus à la signature du traité entre la France et les deux puissances maritimes : on différa quelque temps encore pour tâcher d'amener les états belligérants à signer tous ensemble. Le 14 mars, les Impériaux, résistant toujours sur le fond des choses, conclurent avec la France, par l’intermédiaire de l’Angleterre, une convention spéciale pour l’évacuation de la Catalogne, des îles de Majorque et d’Iviça, et pour une trêve en Italie et dans les îles italiennes. L’orgueil autrichien ne put se décider à traiter directement avec le duc d'Anjou, comme on appelait encore Philippe V à Vienne '; amnistie fut garantie aux Catalans par la convention, bien que le prince qui devait accorder l’amnistie ne fût pas nommé dans cet acte. La reine d'Angleterre promit ses bons offices pour solliciter le maintien des priviléges de la Catalogne : les priviléges de l’Aragon, si anciens, si illustres, et qui avaient survécu en partie à la tyrannie de Philippe II, venaient d’être abrogés après la recouvrance de ce royaume par Philippe V, et l’Aragon avait été soumis aux lois de Castille. Le traité d'évacuation était tout dans l'intérêt de l’empereur, qui avait en Catalogne sa femme et ses troupes, et qui n’eût pu ni les secourir ni les retirer; Louis XIV avait été obligé de faire cette concession à la reine Anne en faveur de l’ancien allié de l’Angleterre. Une fois assuré de pouvoir évacuer la Catalogne et de n’être point attaqué en Italie, l’empereur ne voulut plus de paix.

Le jour même du traité d'évacuation, le duc de Savoie conclut une trêve avec la France. Le 26 mars, Philippe V transféra à une

1. Philippe V avait, l’année précédente, écrit à Charles LIT, qui n’était pas encore empereur, pour l'inviter à transiger, au nom de la religion. L'Autrichien lui avait renvoyé sa lettre. — Mém. de Noailles, p. 240.

compagnie anglaise, pour trente ans, le privilège de lassiento, ou du transport des nègres aux Indes Occidentales.

L'Angleterre avait assigné le 11 avril comme dernier terme à tous ses alliés pour l’acceptation des offres de la France : passé ce délai, la France n’était plus tenue à rien; l’Angleterre ne garantissait plus rien. Le 11 avril, la paix fut signée entre la France, d’une part, l'Angleterre, la Hollande, la Prusse, le Portugal, la Savoie, de l’autre. Nous en avons déjà dit les principales conditions arrêtées entre Versailles et Londres. Ces conditions semblaient presque douces pour la France en comparaison des traités désastreux qu’on avait failli subir : elles étaient pourtant bien pénibles en elles-mêmes. Dans l'Amérique du Nord, la France renonçait à de vastes possessions qu'elle avait longtemps disputées avec avantage à l'Angleterre, et où elle était encore victorieuse en ce moment même : c’étaient la mer intérieure et le détroit d'Hudson avec tous leurs rivages, principal théâtre du commerce des pelleteries; c'était la grande île de Terre-Neuve et la presqu'île d’Acadie, qui bloquent entre elles deux le golfe du Saint-Laurent : les Français gardaient seulement, avec l’île du Cap-Breton et les autres îles du Saint-Laurent, le droit de pêche et de sécherie sur la côte de Terre-Neuve, depuis le cap de Bona-Vista jusqu’à l'extrémité nord de l’île et, au delà, en tournant à l’ouest, jusqu’à la Pointe-Riche. Le Canada, serré désormais de tous côtés entre les possessions anglaises, se trouvait bien compromis. Aux Antilles, on cédait la moitié française de Saint-Christophe. En Flandre, la France faisait des pertes considérables, Tournai, sur l’Escaut, Menin, sur la Lis, Ypres et Furnes, entre la Lis et la mer; elle se réservait seulement la partie du Tournaisis située sur la Scarpe, c’est-à-dire Mortagne et Saint-Amand; mais surtout, chose plus dure que tout le reste, elle subissait l’anéantissement militaire et maritime de cette redoutable Dunkerque, qui avait lancé, depuis 1702, sept cent quatre-vingt-onze corsaires sur la marine anglo-batave. Il fut convenu que la navigation de la Lis, au-dessus de son confluent avec la Deule, serait libre de tout péage ; que les droits, jusqu’à ce qu’on se fût entendu avec l’empereur, seraient remis en Belgique, pour les commerçants français, anglais et hollandais, sur

Page 1