Villars, p. 217-226. — Quinci, t. VII, p
ouvertures à Villars : durant le siége de Freybourg, les quatre cercles qui souffraient le plus de la guerre avaient tenu, malgré l'empereur, une assemblée, afin de pourvoir à leur commune sûreté, et avaient prié la cour de Vienne de ne plus s’opposer à la paix. Les événements attendus par Charles VI n’arrivaient pas et il se manifestait clairement que l’empereur et l'Empire, même avec l'épée d’Eugène, étaient hors d’état de tenir tête à la France, si affaiblie qu’elle fût par ses longues misères.
L’Autriche courba la tête, de mauvaise grâce. L'empereur, avant même que Freybourg fût rendu, envoya des pleins-pouvoirs à Eugène. Villars avait ceux de Louis XIV et accepta Rastadt pour le lieu des conférences. Les deux grands capitaines s’y abouchèrent le 26 novembre. Il dut être pénible pour Eugène d’avoir à négocier * avec l’homme qui avait été l’écueil de sa fortune militaire et qui lui avait fait perdre le titre d’invincible,; ce prince n’en laissa rien paraître et fut assez philosophe ou assez maître de lui-même pour traiter Villars en ancien ami. La négociation offrit toutefois encore quelques difficultés. La cour de Vienne semblait croire qu’elle accordait une faveur à la France en consentant à la paix. Ï fallut changer de ton. L’empereur fut obligé d’accep‘er le traité de Ryswick pour base et de consentir à l’entier rétablissement des deux électeurs de Cologne et de Bavière '; il aima mieux faire rendre le Haut-Palatinat au Bavarois, que de lui céder la Sardaigne, sauf à promettre ? cette île au Palatin en dédommagement. On disputa beaucoup sur Landau : l'Autriche céda enfin; Landau était bien généreusement payé par la restitution de Freybourg, de Kehl et de Brisach! Quant à l'Italie, Louis XIV s’engagea de ne jamais troubler la maison d'Autriche dans la possession des états qu'elle ÿ tenait actuellement, c'était tout ce qu’on pouvait lui demander, l'empereur ne voulant point de transaction directe avec Philippe V. Louis, par là, souscrivait implicitement à la conquête de Mantoue par l’Autriche. Les questions territoriales furent à peu près vidées en une quinzaine de jours : des questions
1. Louis XIV avait promis à son malheureux allié un dédommagement plus magnifique : par un traité secret du 20 février 1714, la France s'obligea, à la première
vacance, de travailler à faire passer l'empire dans la maison de Bavière. Y. Lémontei, t. V, p. 234.
2. Promettre, disons-nous; car, en fait, le Palatin n’eut rien.