‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 323 sur 341 · RENTES. MONNAIES · texte numérisé non relu

RENTES. MONNAIES

le commerce n’était encore ni régularisé ni authentiqué, légitimait les différences établies entre les diverses catégories de créanciers : ce qui n’était excusable sous aucun rapport, ce fut l’opération sur les monnaies qui accompagna la réduction des rentes. Les augmentations de monnaies avaient été très-funestes ; mais le mal était fait : il n’y avait plus à y toucher, la valeur nominale et de compte étant indifférente en elle-même. Desmaretz se remit à dinvinuer les monnaies, sous prétexte de les ramener à une prétendue juste valeur, comme s’il y avait, entre la valeur réelle, le poids, le marc, et les mots par lesquels on convient de désigner les monnaies, un rapport qui ne fût pas purement arbitraire, Il rejeta donc, en deux ans, le marc d’argent fin de quarante-deux livres dix sous à trente livres dix sous dix deniers !. Ce fut une nouvelle ruine en sens inverse, un nouveau bouleversement de toutes les transactions, un véritable écrasement des fermiers, des marchands, de tous les débiteurs. On ne peut concevoir une telle ignorance chez un homme si habile dans le détail de l’administration financière. Son oncle, le grand Colbert, ne lui avait pas donné de tels exemples ; en vingt-deux ans de ministère, à peine Colbert avait-il modifié la valeur nominale des monnaies.

La dépense de 1713 avait été de deux cent douze millions ; celle de 1714 fut de deux cent treize millions et demi, sur quoi, au bout de l’an, il restait cent seize millions sans assignation déterminée; les rentes et les pensions, qu’on recommençait à payer, compensaient les réductions de dépenses faites sur la guerre. (était sur la magnificence royale et sur les pensions qui enchaïnaient la haute noblesse à la cour, que l’on eût pu réaliser les plus larges économies ; mais ce luxe et ces libéralités étaient à la fois habitude et système; y toucher eût été un sacrilége contre la monarchie, et, dans les plus extrêmes détresses, il avait fallu assurer le service de la cour, presque avant celui de l’armée elle-même ?. Pendant

1. Law estime que cette diminution des monnaies coûta 100 millions au trésor, V. Mém. sur les banques, ap. Économistes financiers, p. 599.

2. Une seule fois, on l’a vu, les princes et les courtisans avaïent rendu au roi unc partie de ce qu’ils recevaient de lui, en soldant quelques nouvelles levées. — V. le curieux état de dépenses de 1715, dans Forbonnais, t. II, p. 352. On y voit que Ja maison d'Orléans coûte près de 2 millions par an au trésor ; Jacques III et sa mère, 600,000 francs, les autres pensions ordinaires et gratifications, 4 millions et demi; les gratifications extraordinaires et autres dépenses non spécifiées, 15 millions,

596 LOUIS XEWY. 1714-1715]

les sept dernières années, on avait dépensé en moyenne deux cent dix-neuf millions par an : les revenus ordinaires, avec la dîme et la capitation, n'ayant produit que soixante-quinze millions par an, charges déduites, il avait fallu demander annuellement cent quarante-quatre millions à des moyens extraordinaires, ce qui faisait plus d’un milliard pour sept ans, sur quoi, fin 1714, il restait plus de trois cent seize millions auxquels on ne savait quelle assignation donner. Après les immenses conversions et consolidations qui avaient eu lieu, il se trouva encore, au 1° septembre 1715, une masse de billets en circulation, que Desmaretz estimait à près de quatre cent quatre-vingt-douze millions, mais, qui, en y comprenant les papiers de toute origine, allait à cinq cent quatre-vingt-dix !

Desmaretz continua à procéder, par des faillites partielles, à la réduction des charges qui pesaient soit sur le trésor, soit sur le pays. Il supprima un grand nombre de nouveaux offices, en remboursant, par la création d’un million cinq cent mille livres de rentes quatre pour cent, les titulaires qui avaient traité, en général, sur le pied de huit pour cent‘. Il supprima tous les anoblissements achetés depuis 1689 et les exemptions d'impôts vendues aux officiers subalternes. Il créa deux millions de rentes cinq pour cent pour dégager la capitation et la dîme, que l’on ne cessait pas de percevoir, malgré la promesse royale de les supprimer à la paix, cette dernière opération était bonne et licite, mais elle fut comme étouffée par le retentissement d’une catastrophe financière que Desmaretz ne put éviter. En avril 1715, la caisse des receveurs généraux, qui avait été la grande ressource des dernières années, tombe en déconfiture, le gouvernement s'étant trouvé enfin hors d'état de payer ses billets. C’est la dernière ancre qui casse! Dans cette prévision, Desmaretz avait tâché de relever l’ancienne caisse des emprunts, en commençant le remboursement par série, des billets ou promesses de cette caisse, tom-

1. Une importante déclaration de septembre 1714 rendit aux villes la libre élection de leurs officiers municipaux, moyennant que les communautés des villes in demnisassent les titulaires des mairies , lieutenances de maire, échevinages, etc. Anciennes Lois françaises, t. XX, p. 637. Ceci prouve que la suppression des débris

des libertés municipales, devenues si peu gênantes, avait été bursale beaucoup plus que politique.

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