BOSSUET ET LA RÉVOCATION
n’est plus : Dieu seul a pu faire cette merveille. » Le doux Fléchier lui-même fait écho à Bossuet, avec tout le corps du clergé, avec la grande masse du peuple. Paris et Versailles, qui ne voient pas l'horreur des détails, qui ne voient que le prestige de l’ensemble et la victoire de l’unité, ne veulent pas croire aux bruits lugubres qui viennent des provinces et applaudissent au nouveau Consiantin. « C’est la plus grande et la plus belle chose qui ait été « imaginée et exécutée », écrit madame de Sévigné!. Tous les corps constitués, cours de justice, académies, universités, corps municipaux, rivalisent d’allusions louangeuses en toutes circonstances : des médailles représentent le roi couronné par la Religion « pour avoir ramené à l’Église deux millions de calvinistes » ; on enfle le nombre des victimes afin d’enfler la gloire du persécuteur. Des statues sont érigées au « destructeur de l’hérésie ». Ce concert de félicitations sé prolonge durant des années : l’entrainement de l'exemple, l'habitude d'admirer, arrachent des éloges même aux esprits qui semblaient devoir rester le plus étrangers à cette fascination; tout écrivain croit devoir payer son tribut, jusqu’à La Bruyère, ce sagace observateur et cet excellent écrivain dont les fines et profondes études de mœurs paraissent en 1687; jusqu’à La Fontaine lui-même, le poëte du libre-penser et du laisser-aller universel ?! Le pape, enfin, quoiqu'il lui en coûte de louer un ennemi, ne croit pas pouvoir se dispenser de répondre à l’annonce officielle de la révocation par un bref où il témoigne à Louis sa joie d’une action si digne du roi très-chrétien {13 novembre). Le bruit courant en Angleterre et ailleurs qu’il désapprouve la conduite du roi de France, il se décide, quoique un peu tardivement, à célébrer la révocation par un consistoire ad hoc et par un Te Deum [mars 1686 *).
Au moment où Louis respire à longs traits tous ces flots d’en-