‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 39 sur 341 · LA REVOCATION ÉCHOUE · texte numérisé non relu

LA REVOCATION ÉCHOUE

Seignelai subit politiquement les maximes, se rattachent l’évêque de Châlons, Noailles, fort opposé de sentiments à son frère le gouverneur de Languedoc, l’ex-intendant d’Aguesseau et le jeune chef de la mission de Poitou, le brillant abbé de Fénelon. Tous ces nouveaux amis et conseillers de madame de Maintenon sont contraires au système d’inquisition et de persécution, soit par humanité, soit par patriotisme, soit surtout, quant au plus grand nombre, par esprit janséniste et horreur des sacriléges qu’on impose aux mauvæs convertis. Quelques évêques du Midi, se séparant généreusement de la plupart de leurs confrères, ont protesté dans le même sens et refusé de se concerter, eux et leurs curés, avec les intendants et les chefs militaires, pour espionner et tyranniser les nouveaux catholiques ‘. Sur divers points, d’après le témoignage de Foucault, les anciens catholiques refusent également de dénoncer les assemblées secrètes des nouveaux convertis. Madame de Maintenon commence à s’effrayer de ce qu’on a fait, de ce qu’elle a contribué à faire fure ; elle qui avait, dans sa propre famille, dérobé, enlevé des enfants à leurs pères pour les convertir, elle écrit qu’elle n’aime plus « à se charger envers Dieu ni devant le roi de toutes ces conversions-là ? ; » elle tend à revenir à ses sentiments naturels de modération et à reprendre, pour ainsi dire, son niveau. Dès 1686, d’Aguesseau adresse au roi un nouveau mémoire contre la contrainte matérielle exercée sur les nouveaux convertis. Le 8 octobre 1686, des instructions du roi aux gouverneurs et intendants défendent de forcer les nouveaux convertis à fréquenter les églises et à recevoir les sacrements, et prescrivent de fermer les yeux sur les refus d’extrême-onction , à moins qu’il n’y ait eu scandale. Le roi veut qu'on s’en repose sur le zèle des curés et des missionnaires. Il ordonne qu’on retire peu à peu et sans bruit les gardes des côtes et des frontières, à cause du préjudice considérable que cette surveillance rigoureuse a causé au commerce. Ainsi, la pensée d’imvoser l’inquisition à la France a fait rougir Louis XIV, et il

1. V. la belle lettre de l’évêque de Saint-Pons, Percin de Montgaillard, à M. de Bou ers; ap. Noailles, t. II, p. 491. — Le cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, tint la même conduite. V. Hist. ce l'Édit de Nantes, t. V, p. 983.

2, Lettre au marquis de Villette, ap. Rulhière, p. 246.

XIV, o)

56 LOUIS XELV. [1686-1688]

a senti, sans vouloir en convenir , l'horreur du système qui fait de la France une geûle, d’où il est défendu de s'échapper sous peine des galères. Son orgueil et ses convictions étroitement associés ne lui permettent pas d'abandonner le but, mais il: recule devant les moyens. Il ne veut pas remettre en liberté les hérétiques obstinés qui encombrent les prisons et les bancs des rameurs, et qui se hâteraient d’aller réconforter leurs coreligionnaires et débaucher les convertis; il en déporte un certain nombre aux Antilles, d’où beaucoup s’échappent et gagnent les îles anglaises ; il bannit la plupart des autres, soit individuellement , soit par troupes, en retenant leurs biens, sans édit, sans forme légale. Quelques-uns restent en prison (1687-1688) ‘.

Pendant ce temps, les instructions du roi sur les nouveaux catholiques , si secrètes qu’elles soient, ont bien vite transpiré; les prétendus convertis profitent aussitôt du relâchement de l'autorité pour cesser toutes pratiques catholiques, et les intendants poussent de nouveaux cris vers la cour, qui leur interdit les rigueurs salutaires, la contrainte un peu plus que morale, comme dit euphémiquement Foucault. Sitôt qu’on voit la frontière ouverte , l’émigration s’y précipite avec une nouvelle impétuosité. Louvois, mêlant parfois la légèreté à sa cruelle violence, avait dit que, s’il était permis de s’en aller, tout le monde resterait. Les protestants se hâtent au contraire de mettre à profit cette facilité momentanée. Alors le roi, irrité, fait rétablir les gardes par mer et par terre. Les assemblées reparaissent. Quelques-unes essaient de résister aux dragons. On les dissipe par la force ; puis reviennent les exécutions ; ceux mêmes qui n’ont pas résisté sont condamnés aux galères. La conduite du gouvernement ne présente plus que variations et qu’inconséquences, qu’alternatives inexplicables d’indulgence et de cruauté. À partir de 1688, la grandeur des événements extérieurs absorbe le roi dans autres préoccupations et lui ôte le loisir de chercher à se reconnaître et à reprendre un plan régulier quant à l'extinction des restes de l’hérèsie. Cette confusion se prolonge durant une période de dix années.

1. Mén.. de Foucault, t. Il, p. 325. —- Édit de Nantes, t. V, Liv. KXIIT, XXI.

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