‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 40 sur 341 · OSCILLATIONS DU ROI · texte numérisé non relu

OSCILLATIONS DU ROI

Tandis que Louis faisait de la destruction du calvinisme son grand intérêt et tournait contre ses sujets, contre la France, tout l’eflort de sa puissance, la situation générale de l’Europe s'était considérablement modifiée. Le contre-coup de la révocation, la fermentation causée par les récits, par l'aspect émouvant des fugitifs, des martyrs protestants, avaient abattu en Hollande le parti de l'alliance française, ranimé, dans toute leur ardeur, les haines de 1672 et rendu au prince d'Orange toute sa prépondérance sur le gouvernement des Provinces-Unies. Sur ces entrefaites, les affaires de l’empereur et de l'Empire se rétablissaient. La campagne de 1685 avait été tout à l'avantage des Impériaux : Eperies et Neuhausel étant retombés au pouvoir des généraux de l'empereur et le serasker Cheïtam-Ibrahim, en voulant recouvrer Strigonie, ayant perdu une bataille contre le duc de Lorraine et l'électeur de Bavière, les Turcs s’en prirent à Tékéli; cet il:astre chef hongrois fut enlevé par surprise et conduit prisonnier à Constantinople, comme accusé de trahison : il parvint à se justifier auprès du sultan et fut renvoyé honorablement en Hongrie ; mais sa mise en liberté ne répara point le mal qu'avait fait son arrestation ; la plupart de ses amis et de ses lieutenants, indignés contre les Turcs, avaient traité avec l’empereur et livré Caschau (Cassovie) et beaucoup d’autres places de la Haute-Hongrie au duc de Lorraine‘. L'Allemagne, encouragée, relevait la tête et commençait à manifester son impatience de la pression

1. Deux princes du sang de France, les princes de Conti et de la Roche-sur-Yon, avaient fait la campagne de 1685 comme volontaires dans l’armée impériale, sans en avoir obtenu lautorisation du roi, qui leur sut très-mauvais gré de ce zèle intempestif contre les infidèles. Ces deux princes avaient été accompagnés par un jeune homme de grande naissance, qui, ne trouvant pas de carrière ouverte en France, allait en chercher une à la cour et dans les armées de l’empereur. C'était Eugène de Savoie-Soissons, fils d’un prince d’une branche cadette de Savoie et petit-neveu, par sa mère, du cardinal Mazarin. Sa mère était cette spirituelle et intrigante comtesse de Soissons, Olympe Mancini, si influente sur la jeune cour pendant les prémières années de Louis XIV. Elle avait perdu Pamitié du roi pour l'avoir soulu brouiller avec La Vallière; puis, en 1680, elle s'était treuvée impliquée dans la fameuse affaire des poisons, qui compromit tant de personnes de la’ première qualité. Louis crut lui accorder une faveur en lui permettant de quitter la France. Sa disgrâce rejaillit sur sa famille; son plus jeune fils, Eugène, qu’on appelait l'abbé de Savoie parce qu’il avait été d’abord destiné à l’église, ayant demandé une compagnie au roi, essuya un refus. Ce refus devait coûter cher à Louis et à la

France,

que la France exerçait sur elle. L'Allemagne était convaincue que la trêve ne la protégerait pas mieux que n'avait fait la paix, contre les envahissements du Grand Roi; elle s’exagérait même à cet égard l’ambition présente de Louis, et quelques nouveaux empiétements opérés sur une petite échelle et comme par habitude eussent suffi à la confirmer dans sa pensée de défiance et de colère, quand même une grave question n’eût pas été posée en ce moment entre l’Empire et la maison de France.

L’électeur palatin était mort le 15 mai 1685 et, avec lui, avait fini cette branche palatine de Bavière, qui avait joué un si grand rôle dans l’histoire politique et religieuse de l'Allemagne depuis le xvi siècle, Le duc de Neubourg, chef de la branche la plus voisine, catholique et beau-père de l’empereur, s'était aussitôt mis en possession de Heidelberg et de l'électorat. Louis XIV réclama une part de l’héritage pour sa belle-sœur, Madame, duchesse d'Orléans, sœur du défunt électeur. Madame avait renoncé par contrat de mariage aux biens féodaux, mais non point aux biens allodiaux de sa famille, et le gouvernement français revendiquait pour elle, à ce titre, tout le mobilier de la maison palatine, jusqu’à l'artillerie qui garnissait les places, et une grande partie des biens fonds. Cette prétention souleva une vive agitation dans tout l’Empire; mais, cette fois, Louis XIV ne procéda point, comme à l'ordinaire, par voie de fait, au lieu de se faire justice à lui-même, il s’en remit au jugement du pape: c'était une avance très-marquée à Innocent XI, qui l’en remercia en même temps que de la révocation, mais qui n’en devint pas plus bienveillant pour lui. Le nouveau Palatin et l'empereur, qui était intervenu comme juge souverain du différend, n’acceptèrent point d’abord cet arbitrage, Louis menaça. Le Palatin consentit à l'arbitrage. Louis, à son tour, différa d'envoyer à Rome, et le débat traîna en longueur, grâce aux préoccupations que donnait au roi la destruction de l’hérésie. Mieux eût valu, après tout, faire la guerre à l'étranger qu'aux consciences de ses sujets et travailler à faire céder à sa belle-sœur le Palatinat cis-rhénan!,

i. Louis revendiquait spécialoment pour sa belle-sœur le duché de Simmeren et

le comté de Spanheim. V. Limiers, Hist. de Louis XIV, t. IV, p. 194, sur le contrat de Madame.

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