MALADIE DU ROL
populaire. Toute la population, à l’exception des malheureux protestants, fut dans l'ivresse !,
La maladie de Louis XIV devait couper son règne en deux moitiés presque égales ?. Si ce règne se fût terminé au milieu de sa carrière, il eût laissé la mémoire d’une grandeur et d’une prospérité sans exemple dans l’histoire. La grandeur devait survivre à la prospérité, et d’autres destins étaient réservés aux dernières années du règne.
Les succès lointains des rivaux de la France, sans l’atteindre directement, étaient déjà des revers pour elle. Depuis 1685, tout réussissait aux Impériaux contre les Turcs, et l’on commencait à reconnaître, à exagérer même la faiblesse réelle de ce grand corps othoman, objet de tant de terreurs. Le pape et l'empereur étaient parvenus à calmer le mécontentement de Sobieski contre l’ingrate Autriche : Innocent XI, par de pressants appels au zèle du héros polonais, appels soutenus de larges subsides, Léopold, par la promesse d’assurer aux enfants de Sobieski les conquêtes que ferait leur père. Sobieski avait cédé aux Russes Smolensk, Tchernigow, Kiew et les autres places du Borysthène, qu'ils n’occupaient qu’à titre provisoire, afin d'obtenir leur coopération contre les Turcs et les Tatares, vassaux du sultan; puis il avait envahi la Valachie et la Moldavie : trahi par l’hospodar grec, Cantimir, qui lui avait promis de s’unir à lui, il ne put se maintenir dans
1. Mém. de Sourches, t. Il, p. 1, 18, 24, 41, 206. — Abrégé de Dangeau, t. Ier, p. 180. — Larrei, Histoire de Louis XIV, t. II, p. 71. Le grand Condé était mort peu apres l'opération du roi, le 11 décembre 1686. Il avait, depuis longues années, racheté les péchés politiques et autres de sa jeunesse, en se montrant le plus obséquieux des courtisans.et le type du decorum. Quand on le priait d'écrire les mémoires de sa vie, il répondait : « Tout ce que j’ai fait n’est bon qu’à être oublié; il faut écrire l’histoire du roi; toute autre serait désormais superflue. » Dans les derniers temps de sa vie, il tourna même à la dévotion, et acheva de mettre ainsi Chantilli à l'unisson de Versailles. « La nouvelle de la communion de M. le Prince, écrivait le marquis de Sourches en 1685 (t. Ie, p. 88), surprit beaucoup de monde; on assuroit qu’il n’avoit pas fait ses pâques depuis dix-sept ans. » Un des plus vifs désirs du roi était d'assurer de grands établissements à ses enfants naturels : Condé flatta cette passion en demandant au roi, pour son petit-fils le duc de Bourbon, une fille de Louis et de madame de Montespan. Cette jeune princesse ayant été attaquée de la petite vérole, malade Jui-même, il accourut de Chantilli à la cour et se donna tant de fatigue, qu'il mourut des suites de son zèle. C’était bien être courtisan jusqu’à la mort. Son oraison funèbre fut un des plus magnifiques chefs-d’œuvre de Bossuet,