‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 44 sur 341 · De 1661 à 1686; de 1687 à · texte numérisé non relu

De 1661 à 1686; de 1687 à

les provinces roumanes, et fut réduit à la gloire stérile d’une retraite victorieuse, opérée dans un pays difficile, devant Les forces supérieures des Turcs et des Tatares. Il n’avait fait, en sacrifiant les vrais intérêts de la Pologne, que faciliter les succès des Impéciaux par une grande diversion. Pendant que les Turcs défendaient la Valachie et-la Moldavie contre les Polonais, l'Autriche enievait au sultan, par un traité avec le prince Michel Apafñfi, a suzeraineté de la Transylvanie, jusqu'alors le point d'appui de l'insurrection hongroise, et Bude, la capitale de la Hongrie othomane, était emportée d’assaut en présence du grand vizir, sans que celui-ci püt lui porter secours (2 septembre 1686). La population presque entière, chrétienne ou musulmane, fut égorgée par les troupes impériales, plus féroces que les Infidèles eux-mêmes. Une partie de la Hongrie méridionale suivit le sort de Bude. Les Vénitiens n’eurent pas moins de succès que les Impériaux dans cette campagne : ils réparèrent la perte de Candie par la conquête de la Morée : la côte occidentale de la Grèce et la Dalmatie turque tombèrent en partie dans leurs mains.

La civilisation et l'humanité n’avaient point à se louer des avantages remportés par à Ligue : le canon des Vénitiens avait détruit en Grèce d’incomparables monuments de l'antiquité, épargnés par la barbarie othomane , et Le retour de la Hongrie sous la domination autrichienne fut signalé par une longue série d’atrocités, qui justifièrent les Hongrois d’avoir préféré la suzeraineté des Infidèles au joug de l'Autriche. Les magnats récemment soumis ayant montré quelques dispositions à renouer avec Tékéli, le cabinet de Vienne fit assembler à Éperies, sous ce prétexte, un tribunal extraordinaire, qui sembla se proposer pour but d’anéantir la noblesse magyare. Il fallut trente bourreaux à la fois pour suffire à l'ouvrage : l’échafaud resta dressé pendant une année presque entière, et Le théâtre sanglant d'Éperies mérita, dans l’histoire des tyrans, un renom égal au tribunal de sang du duc d’Albe. Quand la Hongrie parut assez épuisée de sang, assez abattue par la terreur, l’empereur manda à Vienne ce qui restait des magnats, et les força d'abandonner, au nom de leur nation, l'antique droit d’élire les rois et celui de résister par les armes aux infractions

1. Les sculptures de Phidias au Parthénon étaient restéts intactes jusqu'en 16861!

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des priviléges nationaux par le pouvoir royal. La diète hongroise, convoquée à Presbourg, ratifia cette destruction de la constitution nationale, reconnut la couronne héréditaire en ligne masculine et proclama le jeune archiduc Joseph, fils de Léopold, associé à la couronne (9 décembre 1687). L'administration financière de le Hongrie fut livrée à une chambre composée pour moitié d’Allemands. Le dernier effort d'indépendance qu'’osa la diète, fut de refuser d'étendre l’hérédité à la ligne féminine. Léopold, après la couronnement de son fils, supprima enfin le tribunal d'Éperies, confirma ce qui restait de priviléges à la nation hongroise et promit de réunir au royaume de Hongrie les conquétes qu'it avai faites et ferait sur les Tures. Ses ministres, instigateurs de ses effroyables vengeances, et Les jésuites, si influents sur son esprit, l'avaient pressé d'établir un gouvernement tout à fait absolu en flongrie et de supprimer de nouveau le culte protestant; il eut du moins le bon sens de résister et de ne pas pousser aux dernières extrémités un peuple courageux, qui fût bientôt revenu de l’épouvante à la fureur ‘.

Le duc de Lorraine et l’électeur de Bavière avaient, cependant, poursuivi le cours de leurs succès. Le 12 août 1687, ils avaient remporté une éclatante victoire sur le grand vizir à Mohacz, dans ces mêmes plaines où, cent soixante -six ans auparavant, le roi Louis Jagellon et l'indépendance hongroise étaient tombés ensemble sous le cimeterre du grand Soliman. Les Impériaux profitèrent de leur triomphe pour violer leur récent traité avec le prince de Transylvanie, qui, disaient-ils, conservait des intelligences avec les Turcs, et pour occuper militairement cette contrée. Les discordes des Turcs achevaient d’assurer la fortune de leurs vainqueurs. L’armée battue à Mohacz, après avoir chassé le grand vizir Soliman- Pacha, à qui elle attribuait sa défaite, avait marché sur Constantinople, renversé du trône le sultan Mahomet IV, élevé à sa place son frère Soliman, qui végétait, depuis l'enfance, prisonnier au fond du sérail ?, et paraissait beaucoup plus empressée à rançon-

1. Hist. des révolutions de Hongrie, t. 1°’, liv. x11-1v ; La Haie, 1739. — Coxe, Hist. de la maison d'Autriche, t. IV, c. LxvI.

2. C'était la première fois peut-être, depuis le quinzième siècle, que les sultans avaient dérogé à la coutume d’égorger leurs frères pour inaugurer leur règne,

ner la capitale et les provinces othomanes, qu’à retourner contre l'ennemi. Le nouveau sultan manifesta le désir de traiter avec l'empereur et bläma ouvertement la guerre entreprise par son prédécesseur contre la foi d’une trêve.

Tous ces graves événements causaient autant de mauvaise humeur à Versailles que de satisfaction à Vienne. Le gouvernement français ne manifestait son inquiétude qu’en redoublant de hauteur à mesure que ses rivaux devenaient plus redoutables; il cessait enfin de s’absorber dans ses tristes préoccupations religieuses et travaillait sérieusement à contre-balancer les progrès de l’empereur. Sa situation était compliquée d’une nouvelle querelle avec un adversaire qui n’avait pas, comme Léopold, des armées à sa disposition, mais qui avait d’autres moyens de nuire et qui en usait avec passion : c'était le pape Innocent XI. Les franchises dont jouissaient à Rome les ambassadeurs des puissances catholiques avaient été l’occasion du débat. Chaque ambassadeur était souverain, non pas seulement dans son palais, mais dans son quartier : les officiers du pape étaient privés de toute autorité sur une grande partie de Rome, ce qui rendait la police à peu près impossible et assurait aux malfaiteurs des retraites inviolables dans tous ces asiles privilégiés. Innocent XI, à l'exemple de Sixte- Quint et de quelques autres pontifes zélés pour le bon ordre, voulut faire cesser ces abus et résolut de ne plus recevoir d’ambassadeur qui ne renonçât à la franchise de son quartier. Les cours de Pologne, d’Espagne, d'Angleterre, la république de Venise, le cabinet de Vienne, accédèrent successivement aux intentions du saint père. Au commencement de 1687, le duc d’Estrées, ambassadeur de France, étant venu à mourir, le pape fit occuper le palais Farnèse (palais de l'ambassade française) par ses officiers et proclamer l'abolition des franchises; puis il fit exposer de nouveau à Louis XIV ses motifs et le consentement des autres princes. Innocent XI avait eu tort sur d’autres points contre le roi de France; mais, cette fois, on doit reconnaître qu’il avait raison. Louis, cependant, répondit superbement que « sa couronne ne s’étoit jamais réglée sur « l'exemple d'autrui, mais que Dieu l’avoit établie pour servir « d'exemple et de règle aux autres, et qu'il étoit résolu, tant

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