‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 45 sur 341 · AFFAIRE DES FRANCHISES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DES FRANCHISES

« qu’il régneroit, de n’en jamais laisser perdre aucun droit ‘,»

Il est difficile de comprendre quel intérêt si puissant pouvait avoir la couronne de France à empêcher le barigel d’arrêter les voleurs dans les rues voisines du palais Farnèse. Louis, néanmoins, tint parole, et, le pape ayant lancé une bulle d’excommunication contre quiconque prétendrait maintenir les franchises des quartiers (12 mai 1687), le roi expédia le marquis de Lavardin en ambassade à Rome, avec ordre de ne rien céder de ses droits. Lavardin fit son entrée à Rome en conquérant, à la tête d’un millier d'hommes armés de pied en cap, la plupart officiers, gentilshommes ou gardes de la marine (16 novembre). Le pape lui refusa audience, comme à un excommunié, et interdit l’église française de Saint-Louis, où l'ambassadeur faisait ses dévotions (26 décembre). L’ambassadeur protesta, et le procureur-général de Harlai interjeta appel comme d’abus de la bulle du 12 mai et de la sentence du 26 décembre. Il appela au futur concile, et non à Innocent XI mieux informé, ainsi qu’on l'avait pratiqué, dit-il, envers d’autres papes, à qui leur âge permettait d'agir par euxmêmes, et dont le caractère et les idées promettaient justice et impartialité. L’avocat-général Talon fut beaucoup plus vif et plus explicite encore. S’il ne put trouver de bonnes raisons en faveur des franchises, il blâma le pape, à juste titre, d’avoir abusé des armes spirituelles dans une matière purement politique : il atiaqua les refus systématiques de bulles aux évêques nommés par le roi, refus qui, prolongés depuis 1682, tenaient en ce moment trente-cinq diocèses sans pasteurs constitués canoniquement, et il soutint qu’on pourrait bien se passer des bulles et faire ordonner par les métropolitains les évêques élus par le roi, si le pape continuait à refuser d’exécuter le concordat. Il accusa le saintpère de protéger le jansénisme, faction hostile « à toutes les puissances ecclésiastiques et séculières », et de tolérer les erreurs nouvelles du quiétisme?. Il conclut, en sus de l'appel au futur concile général, à ce que le roi fût supplié, 1° d’ordonner la tenue de conciles provinciaux, ou d’un concile national, afin de pour-

1. Larroi, Hist. de Louis XIV, t. IT, p: 74. 4 + 2. Nos reviendrons sur cette secte mystique, qui devait jouer bientôt en France

un rôle intéressant,

voir aux désordres causés par la vacance des évêchés ; 2° d’interdire tout commerce avec Rome et tout envoi d’argent. Le parlement de Paris rendit arrêt conforme (22-23 janvier 1688) '.

C'était la question de schisme que posait nettement la magistrature. Le roi n’alla pas si loin et différa de répondre aux vœux du parlement. Une grande affaire, qui touchait bien autrement que la querelle des franchises aux intérêts essentiels de la France, venait de surgir et faisait souhaiter à Louis un accommodement avec le pape; mais Innocent n’était pas homme à laisser échapper un moyen de vengeance un peu plus efficace que les foudres usées de l’excommunication. Louis éprouva qu’il n’est pas bon d’humilier un adversaire qu’on ne peut ni ne veut anéantir.

On a vu avec quel dévouement la maison souabe de Fürstenberg s'était attachée à la France : des deux chefs de cette maison, l'un, le prince Guillaume, ministre de l'électeur de Cologne, avait enchaïiné l'électeur à la politique française; l’autre, l’évêque de Strasbourg, Égon, avait été pour beaucoup dans la réunion de Strasbourg à la France. Égon étant mort en 1682, Guillaume entra dans l’Église et Louis XIV lui procura l'évêché de Strasbourg, puis le chapeau de cardinal. Louis préparait à son utile auxiliaire une plus haute fortune, la succession même de l'électeur de Cologne, évêque de Liége, Maximilien -Henri de Bavière-Leuchtenberg, prince valétudinaire, dont la fin paraissait prochaine.

Au commencement de 1688, le chapitre de Cologne, travaillé de longue date par les intrigues de Fürstenberg et par l’argent de la France, élut Fürstenberg coadjuteur de l’archevêque-électeur : le consentement de celui-ci avait été acheté à haut prix par le roi. L’alarme se répandit dans tout l’Empire : Fürstenberg électeur ! autant eût valu introduire dans le collége électoral M. de Louvois ou M. de Croissi! Mais l'Empire pouvait compter sur Rome : le pape cassa l’élection. L’archevêque-électeur mourut sur ces entrefaites (3 juin). Louis XIV fit une dernière tentative auprès d’Innocent XI. Il lui envoya un agent confidentiel avec une lettre de sa main. L'agent et la lettre ne furent pas reçus. Pendant ce temps, la Ligue d’Augsbourg s'était hâtée de chercher un compétiteur à

1. Mém. chronolog. et dogmatiques, t. IT, p. 304-316. — Larrei, t. II, p. 72-82, — Limiers, Hist, de Louis XIV, t. IV, p. 242.

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