‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 46 sur 341 · AFFAIRE DE COLOGNE · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE COLOGNE

Fürstenberg : elle avait mis en avant le jeune prince Clément, frère de l’électeur de Bavière. Clément de Bavière n'avait ni l’âge, ni les autres conditions requises : le pape lui accorda des dispenses et un bref d'éligibilité. Le chapitre de Cologne procéda, le 19 juillet, à l’élection du nouvel archevêque. Les constitutions de l'électorat de Cologne établissaient que le candidat qui était déjà attaché à quelque autre bénéfice devait réunir les deux tiers des voix, seize sur vingt-quatre, pour être élu irrévocablement ; s’il n'avait que la simple majorité, il devait s'adresser au pape par voie de postulation. Fürstenberg avait voulu lever cet obstacle en se démettant de l'évêché de Strasbourg, mais le pape lui en avait refusé la permission. Si toutes les voix qui l’avaient appelé à la coadjutorerie lui étaient restées fidèles, il aurait eu les deux tiers des suffrages et eût passé, en dépit du saint-père ; mais les lettres de change hollandaises avaient contre-balancé les louis de France et détourné deux ou trois voix : Fürstenberg n’en avait eu que quatorze contre neuf données à Clément de Bavière. La majorité du chapitre résolut néanmoins de soutenir son choix et de considérer l'autorisation donnée antérieurement par le pape à Fürstenberg, d’être à la fois évêque de Strasbourg et chanoine de Cologne, comme un équivalent du bref d'éligibilité. Louis XIV signifia, par ses ambassadeurs à Ratisbonne, à la Haie, à Bruxelles, qu’il maintiendrait l'archevêque élu et le chapitre de Cologne dans leurs droits envers et contre tous, et prévint le gouverneur des Pays-Bas catholiques qu’il entrerait en Belgique si les Hollandais entraient sur les terres de Cologne pour soutenir le prince Clément. Déjà des troupes françaises étaient passées au service de Fürstenberg et occupaient en son nom la plupart des places de l'électorat. La capitale, cependant, en vertu de ses droits de ville libre et impériale, se maintenait sans garnison, et son attitude étai

hostile à la France. A Liége, Fürstenberg essuya un échec complet : le ressentiment de la population, naguère si durement traitée, avait gagné le chapitre. Le protégé de Louis XIV fut écarté et l’on choisit pour prince-évêque un gentilhomme du pays, qui ne renilit pourtant pas aux Liégeois leurs libertés détruites *.

1. Œuvres de Louis XIV, t. VI, p. 4. — Abrégé de Dangeau, t. Ier, p. 331. — XIV. 6

82 LOULS XIV (1688)

Louis n’avait plus rien à ménager; il était certain que le pape, non content de repousser Fürstenberg, allait proclamer le prince Clément, l'élu de la minorité. Le 6 septembre, le roi éclata contre Innocent XI par un manifeste sous forme de lettre adressée au cardinal d’Estrées, chargé des intérêts de la France dans le sacré collége. D'Estrées eut ordre de communiquer la lettre au saintpère et à tous les cardinaux. Elle était fort rude. Louis déclarait avoir perdu toute espérance de ramener Innocent aux sentiments de père commun et d'obtenir de lui aucune justice. « Il y a beau- « coup d'apparence , disait-il, que la conduite du pape va causer « une guerre générale dans la chrétienté. C’est une conduite qui « donne au prince d'Orange la hardiesse de faire tout ce qui peut « marquer un dessein formé d'aller attaquer le roi d'Angleterre dans « son propre royaume, et de prendre pour prétexte d'une entreprise si « hardie, le maintien de la religion protestante, ou plutôt l’extirpation « de la catholique. Je ne puis plus reconnoître le pape pour média- « teur des contestations qu’a fait naître la succession palatine ; je « saurai bien faire rendre à ma belle-sœur la justice qui lui est « due, par les moyens que Dieu m’a mis en main... et je conti- « nuerai à donner au cardinal de Fürstenberg et au chapitre de « Cologne toute la protection dont ils pourront avoir besoin. » Il ajoutait que, si son allié le duc de Parme n’était immédiatement remis en possession des duchés de Castro et de Ronciglione, que le saint-siége différait toujours de lui restituer depuis le traité de Pise, les troupes françaises entreraient en Italie, et Avignon serait saisi !.

Le pape répondit en proclamant Clément de Bavière archevêque de Cologne et en excommuniant le parlement de Paris et l’avocatgénéral Talon. Le 20 septembre, le procureur-général réitéra J’appel au futur concile de tout ce que ferait le saint-père contre les droits de la couronne; il déclara en même temps, « suivant l'exprès commandement du roi, que l’intention de Sa Majesté étoit de demeurer inviolablement attachée au saint -siége, comme au

Mém., du comte d'Avaux, +. VI, p. 207.— Mém. de madame de La Fayette, ap.

Collect. Michaud, 3 série, t. VIII, p. 214. — Mém. de Saint-Hilaire, t. Ier, p. 376.

— Protestation des chanoïnes de Cologne, dans Dumont, t. VII, 2e part., p. 173. 1. La Martinière, t. IV, p. 391.

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