‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 5 sur 341 · FINANCES. COMMERCE · texte numérisé non relu

FINANCES. COMMERCE

avait emprunté à 5 et à 5 et demi pour rembourser des emprunts contractés à 7 et à 8. La dette consolidée fut ainsi accrue de 3,200,000 francs de rente dès 1684.

I serait pourtant rigoureux de juger sans restriction Le Pelletier sur ce malencontreux début. Ce ministre tenta de revenir à une meilleure voie. Il améliora la comptabilité en obligeant les comptables à payer au trésor l'intérêt des sommes qu’ils gardaient en caisse après l’époque des versements. Il fonda des ateliers publics pour l'extinction de ia mendicité, grand dessein toujours tenté, toujours abandonné. Il supprima ou réduisit largement les droits d'exportation des soieries françaises et diminua beaucoup les droits de sortie des vins et eaux-de-vie à la descente de la Loire ; il autorisa la libre exportation des grains pendant deux ans, sans droits ou avec des droits réduits de moitié, pour écouler les récoltes abondantes qui avaient succédé à la disette de 1684. En 1687, il fit expédier dans toutes les généralités des conseillers d’état et des maîtres des requêtes chargés d’examiner la gestion des agents du fisc et des commis qu’employaient les fermiers. Les inspecteurs des finances tirent de là leur origine.

On peut apprécier diversement l'augmentation des droits sur les draps , les lainages, les toiles de la Hollande, augmentation par laquelle Le Pelletier revint au tarif de 1667 et aux plans de Colbert, dans un moment où le roi, peut-être bien à tort, ne croyait plus avoir à ménager les Hollandais ; mais on ne saurait justifier en aucun cas la rigueur excessive que montra ce contrôleur-général dans l’application des règlements imposés par Colbert aux manufactures. Le Pelletier exagéra la pensée de Colbert sur ce point où il eût fallu la tempérer et l’abandonna, au contraire, dans d’autres questions où il eût fallu s’y attacher avec une fermeté inébranlable. Colbert n’avait rien négligé pour faire de la France , conformément à sa position géographique, la grande route et l’entrepôt du commerce européen. Le Pelletier entrava le transit par des droits sur les marchandises Ctrangères qui traversaient la France; puis il supprima le transit et les entrepôts mêmes, sous prétexte des facilités que la circulation des produits étrangers procurait à la contrebande! Les clameurs des fermiers obtinrent ainsi la destruction d’un des plus beaux établissements

de Colbert (mars 1688). Cette faute désastreuse, à elle seule, compensait pour le moins tous les services qu'avait pu rendre Le Pelletier.

Les fermiers des cing grosses fermes, en même temps qu’ils enlevaient à la France le bénéfice des entrepôts, paralysaient les progrès du commerce français en Amérique. Les droits cédés au roi par la compagnie des Indes Occidentales en 1674 avaient été joints au bail des fermes-unies. En 1687, le commerce des castors fut soumis à de nouvelles restrictions au profit des fermiers, qui obtinrent également des priviléges onéreux dans les Antilles. Ce malheureux système contribua à ruiner la chapellerie française au bénéfice des Anglais !.

En somme, Le Pelletier, avec du bon sens dans les détails, un caractère faible et peu de vues, était un de ces ministres qui, en temps ordinaire, peuvent se laisser conduire par les affaires, sinon conduire les affaires, mais dont la première crise balaie l'insuffisance.

La seule crise qui pût ébranler la France et nécessiter de grandes combinaisons financières, c'était le renouvellement de la coalition contre Louis XIV; la situation de l’Europe en reculait le moment, lorsque Le Pelletier entra aux finances. L'année où mourut Colbert fut signalée par de grands événements, que la politique française avait contribué à préparer, mais auxquels les armes françaises ne prirent point de part directe. La France cessa pour un moment d’être le principal objet de l'attention des peuples.

Le gouvernement français, cependant, déployait beaucoup d’activité diplomatique et militaire. Avant l’été de 1683, quatre camps, formés en Franche-Comté, en Alsace et en Lorraine, semblèrent annoncer une nouvelle campagne ; mais ce ne fut là qu’une démonstration politique ; l’action, la guerre, était ailleurs, en Hongrie, en Autriche.

Les tentatives de l’empereur Léopold pour imposer à la Haiti impériale le despotisme politique et religieux qui pesait sur la Bohême et sur l'Autriche proprement dite, avaient abouti, comme on l’a vu, à une terrible insurrection, aidée par le sabre des vo-

1. Forbonnais, t. IT, p. 1-40. — Bailli, t. Il, p. 2-6. — P. Clément ; le Gouvernement de Louis XIV de 1683 à 1689,

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