LA HONGRIE. TEKELI
lontaires polonais que soldait la France, et des Transylvains et des Valaques qu’encourageait la Porte othomane. L'empereur, effrayé des succès de l’insurrection magyare, que compliquait une révolte des paysans silésiens, avait essayé de transiger avec les Hongrois et de renouveler avec les Turcs la trêve de 1664, qui devait expirer en 1684. Il avait mieux aimé négocier à Constantinople que d’accepter les offres de la Pologne et de la Russie, qui le pressaient de s’unir à elles contre le Turc.
Dans une diète hongroise convoquée à Sepron ou OEdenbourg, Léopold accorda le rétablissement de l’ancienne constitution nationale ; le vice-roi étranger fit place à un palatin élu par la diète ; la liberté du culte fut rendue aux protestants ; l’empereur promit que les terres confisquées sur les magnats mis à mort seraient restituées aux héritiers ou compensées par des indemnités; que les impôts arbitraires et les tribunaux d’exception seraient abolis ; que les troupes étrangères seraient rappelées (1681). Ces concessions étaient trop étendues pour être «sincères. Le grand chef des insurgés, Émerik Tekeli , ne s’y fia pas, et détourna ses compatriotes de s’y fier. Une tentative récente d’assassinat contre sa personne lui avait appris que la politique autrichienne était toujours la même. Il accepta seulement une trêve. Cependant sa position était difficile : ses compatriotes étaient en partie ébranlés par les offres de l’empereur; un secours important, qu’il attendait de Pologne, lui échappait par suite d’un refroidissement survenu entre Louis XIV et Sobieski. C'était par complaisance pour Louis, que Sobieski laissait le marquis de Béthune, ambassadeur de France en Pologne, lever des milliers de volontaires polonais destinés à la guerre de Hongrie. Sobieski, avant d’arriver au trône, avait épousé une Française, fille du marquis d’Arquien, capitaine des gardes de Monsieur, frère du roi. La reine de Pologne souhaitait fort que Louis créât M. d’Arquien duc et pair. On eut la maladresse de s’arrêter à des vétilles et de ne pas lui accorder cette faveur sans conséquence. Il semblait que la France n’eût plus besoin d’avoir des amis ni de ménager personne, à voir comme on menait parfois sa diplomatie! L’Autriche, au contraire, laissa espérer à la reine de Pologne la main d’une archiduchesse pour son fils. La reine de Pologne fit partager à son époux son ressentiment
contre la cour de France. Sobieski, héroïque guerrier, mais politique sans portée, fit dissoudre les rassemblements de volontaires, sans comprendre à quel point la Pologne était intéressée à favoriser l’affranchissement de la Hongrie. Tekeli,abandonné des Polonais, ne vit plus d'autre parti à prendre que de resserrer étroitement ses liens avec le Turc et de précipiter l'empire othoman sur l’Autriche.
Il y réussit, non sans y être aidé, au moins indirectement, par la France. Léopold, en ce moment, proposait au sultan une nouvelle trôve. La Porte othomane, par les conseils de la France et de Tekeli, exigea des conditions impossibles : Léolpold eût payé un tribut annuel, demantelé Gratz' et la nouvelle forteresse de Léopoldstadt, bâtie sur le Wag pour couvrir Presbourg et Vienne ; il eût cédé à Tekeli Neytra, Esseg, Muran, l’île de Schütt, les positions militaires les plus importantes de la Drave et du Danube. Autant eût valu signer sa propre déchéance. Léopold accepta la guerre.
Le grand-visir Kara-Mustapha commença d'immenses préparatifs. La Porte othomane avait la libre disposition de toutes ses forces. Elle avait conclu, en 1679, avec la Pologne, par l'influence française, une paix honorable pour les Polonais, mais qui laissait cependant Kaminiek entre les mains des Turcs avec une partie de leurs conquêtes. La Moscovie, à son tour, venait de traiter avec la Porte. L'empire othoman fut donc en mesure de jeter sur le Danube la plus grande expédition qu’il eût mise en mouvement de tout le siècle. Dans le courant de 1682, Tekeli, proclamé prince de la Haute-Hongrie sous la suzeraineté othomane, enleva aux Impériaux, avec l’aide des Turcs, qui rompirent la trêve, presque tout ce qu’avait conservé Léopold dans la Haute-Hongrie. La population, moitié haine des Autrichiens, moitié peur des Turcs, suivit Tekeli en masse. Au printemps suivant, la grande armée othomane se forma autour de Belgrade, sous les ordres du visir, principal auteur de la guerre. Cette armée était double de celle qui avait été battue à Saint-Gothard dix-neuf ans auparavant. Ce n'était pas la Hongrie, c’était l'Autriche, c'était l’Allemagne, qui était en question. On pouvait prévoir que, comme en 1529, la tempête de l'islam viendrait fondre sur Vienne. L'empereur , dès