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PRISE DE PHILIPSBOURG

les mêmes assurances à l’empereur et au roi d'Espagne, pour les aider à sauver les apparences !.

Les tourmentes d'automne cependant retardaient depuis quelques semaines le départ du prince d'Orange, et les Français, au contraire, faisaient de rapides progrès sur le Rhin. Le succès immédiat paraissait justifier la résolution de Louis XIV. L’Allemagne surprise, étourdie, se trouvait hors d'état de défendre les provinces rhénanes. Tandis que le dauphin assiégeait Philipsbourg avec vingt-cinq à trente mille hommes, dont le chef réel était le maréchal de Duras, un autre petit corps d'armée, commandé par le lieutenant-général Boufflers, occupait, à peu près sans résistance, Kaiserslautern, Neustadt, Kreutznach, Worms, Oppenheim, Bingen , Baccarach, c’est-à-dire presque toutes les possessions cis-rhénanes de l’électeur palatin et de l’électeur de Mayence. L'électeur de Mayence traita avec Boufflers, reçut garnison française dans sa capitale et demanda la neutralité pour ses domaines d’outre-Rhin (17 octobre). L'Allemagne transrhénanc était déjà entamée à son tour. Un détachement de l’armée qui assiégeait Philipsbourg alla occuper Heïdelberg, d’où s’enfuit l'électeur palatin, puis envahit le Würtemberg, pénétra en Franconie et étendit ses contributions jusqu’au delà du Danube ?.

Vauban cependant conduisait, avec son habileté ordinaire, les opérations du siége de Philipsbourg, que défendaient deux mille soldats d'élite, avec une artillerie nombreuse et bien servie. Le mauvais temps et les difficiles abords de la place, protégée par des marais et par le Rhin, retardèrent les travaux et irritèrent singulièrement l’impatience de Louvois, qui ne comptait que les jours et non les hommes que coûtait une ville assiégée. Vauban, hardi jusqu’à la témérité pour lui-même, mais toujours ménager du sang des autres, tint tête à l’arrogant ministre et n’abandonna point sa méthode. Philipsbourg capitula le 29 octobre : on trouva dans la place cent vingt-quatre canons et de grands appro-

1. Dumont, t. VIL, 2° partie, p. 179-207. — Mém. du comte d'Avaux, t. VI, p. 296-315. — Mac-Aulay, t. Il, ch. 1x.

2. Louvois recommanda aux chefs de ce corps de « chercher des gens du pays, propres à aller mettre le feu la nuit dans les maisons », afin que les lieux trop éloignés pour qu’on envoyât des troupes se soumissent néanmoins par peur à la contribution ! Lettres militaires, t. V, p. 163.

visionnements. Philipshourg rendu, le dauphin marcha sur Manheïm, qui ne tint guère plus d’une semaine (4-12 novembre) ; puis il revint deçà le Rhin prendre Frankenthal (15-19 novem.).

Tout le Palatinat, des deux côtés du Rhin, fut ainsi sous le joug. Le dauphin repartit, le 22 novembre, pour Versailles, laissant l’armée au maréchal de Duras; il avait montré, durant cette courte campagne, du bon sens, du sang-froid et une certaine activité, méritoire chez une nature lourde d'esprit et de corps. Le Grand Roi put applaudir en toute sécurité à la bonne conduite de son fils ; il n’avait pas à craindre de rencontrer jamais chez lui un rival.

Le corps de Boufflers avait poursuivi ses opérations, en même temps que la principale armée ; un détachement avait occupé Spire, d’où les archives et Le trésor de la chambre impériale furent enlevés et envoyés en Alsace, offense jetée au corps germanique sans but et sans raison. Boufflers avait continué de descendre le Rhin; mais il n’avait pas été si heureux à Coblentz qu’à Mayence. L’électeur de Trèves ne s'était pas décidé à suivre l'exemple de son collègue et avait reçu dans Coblentz des troupes de la ligue au lieu des troupes françaises. Boufflers n’était pas en mesure d’assiéger Coblentz ; il se vengea par un acte d’inutile barbarie, en écrasant de bombes la ville et le palais de l'électeur (commencement de novembre) ; il remonta ensuite la Moselle et se saisit de Trèves.

Une troisième colonne française, conduite par le maréchal d'Humières, était entrée, vers le même temps, sur le territoire liégeois et s'était emparée de Dinant. Les Hollandais crurent qu’on allait attaquer Liége et leur inquiétude donna la mesure de ce qu'on aurait dû faire ; mais les Français n’avancèrent pas sur la Meuse au delà de Dinant.

Dans le courant de novembre, les Français se virent ainsi maîtres de toute la rive gauche du Rhin, moins Coblentz et Cologne ; leurs partis, au delà du fleuve, couraient jusqu’à Augsbourg. Le manifeste de Louis XIV était bien dépassé et l’on s'était attaqué, non pas seulement à la garnison impériale de Philipshbourg et aux terres de l'électeur palatin, mais à tout le corps germanique,

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