RÉVOLUTION D’ANGLETERRE
Jacques n’osa la mener sur-le-champ au combat, comme Louis XIV le lui avait conseillé. Ses favoris, ses généraux conspiraient contre lui : Kirke, naguère le sanguinaire instrument de ses vengeances. Churchill, frère de sa maîtresse, qui devait être le fameux duc de Marlborough, tentèrent de le livrer à Guillaume. Vaincu san: combat, il mit la Tamise entre l'ennemi et ses troupes démoralisées. Sa seconde fille, Anne Stuart, et le prince Georges de Danemark, mari d’Anne, l’abandonnèrent et rejoignirent Guillaume. De sinistres nouvelles arrivaient de tous les points de l’Angleterre. Les personnes les plus considérables se ralliaient en foule au prince d'Orange. L'université d'Oxford, oubliant sa déclaration en faveur de l’obéissance passive, avait pris parti pour Guillaume. Une association formidable s’organisait pour atteindre le but énoncé dans le manifeste du prince et pour venger sa mort s’il périssait dans l’entreprise. Enfin de grandes assemblées populaires proclamaient le droit de résistance armée, attendu que « le roi qui met sa volonté à la place de la loi est un tyran» et qu’on est contre lui dans le cas de légitime défense. Le mal heureux monarque n’était plus en état « d’être un tyran ». Sui l'avis d’un conseil de pairs réuni à la hâte, il annonça la convocation du parlement à bref délai, une amnistie et l'envoi de commissaires pour s'entendre avec le prince d'Orange (10 décembre). Les conditions posées par Guillaume aux commissaires de Jacques furent : la destitution de tous les officiers et magistrats papistes ; la remise de la Tour de Londres aux magistrats municipaux; ia remise de Portsmoath à une personne choisie d’un commun accord ; l’armée du prince serait entretenue aux frais de l'État; pendant la tenue du parlement, les deux armées resteraient à égale distance de la capitale, et Jacques et Guillaume pourraient séjourner à Londres avec le même nombre de gardes {18 décembre).
Avant d'avoir reçu cette réponse, Jacques s'était arrêté à un parti désespéré ; l’apparente modération de Guillaume ne fit que le confirmer dans sa résolution. Il pensa que son gendre visait à le faire déposer par le parlement même qu’il aurait convoqué. Il fit partir la reine sous un déguisement, avec le petit prince
de Galles, et les envoya en France ; puis il s’apprêta à les suivre. XIV. 7
28 LOUIS XIVY. (1688-1689)
Il licencia son armée, brüla les ordonnances préparées pour la convocation du parlement, jeta dans la Tamise le sceau de l'État et quitta Londres de nuit en barque, avec un seul compagnon. Il fut arrèté près de Sheerness par des bateaux pêcheurs qui croisaient à l'embouchure de la Tamise pour intercepter les jésuites et les papistes fugitifs. Il resta là quelques jours prisonnier, Son malheur sembla éveiller quelque pitié dans la population. Les pairs présents à Londres, qui, à la nouvelle de sa fuite, s'étaient formés en gouvernement provisoire, le firent remettre en liberté. Il se décida à retourner à Londres (26 décembre), où il fut assez bien accueilli, et invita Guillaume à une conférence ; celui-ci refusa, fit entrer l'avant-garde de ses Hollandais dans la capitale et, tant en son nom qu’au nom des pairs d'Angleterre, invita le roi à quitter Londres. Jacques obtint de se retirer à Rochester. Ni les magistrats de Londres, ni le banc des évèques n'avaient voulu répondre de la personne du roi, qui oflrait de se remettre sous leur garde. Jacques revint alors à ses projets de fuite. C'était tout ce que demandait Guillaume. Le prince n'épargna rien pour redoubler les frayeurs de son beaupère. Jacques s'évada de nouveau; personne ne l’arrêta cette fois et un bateau pècheur le déposa, le 4 janvier 1689, à Ambleteuse, sur la côte de Picardie. Il avait laissé, en partant, une déclaration, où il annonçait que, ne pouvant se fier en aucune façon au prince d'Orange, il se retirait pour revenir quand la nation ouvrirait les yeux sur les prétextes dont on s'était servi pour la tromper.
Jacques IT arriva le 7 janvier à Saint-Germain, où Louis XIV l'attendait et le reçut à bras ouverts. Louis installa le monarque fugitif, avec sa femme et son fils, dans cette résidence royale; il pourvut à leurs besoins avec magnificence et Les mit à mème de tenir une espèce de cour. Louis renferma dans le secret de son âme les sentiments que lui faisaient éprouver le terrible échec de sa politique et la conduite de son triste allié ; mais les courtisans et les Parisiens furent moins généreux et témoignèrent peu de considération à ce roi bigot, libertin et cruel, tombé si honteusement du trône ‘. Louis s'était complé-
1. « Voilà un bonhomme qui a quitté trois royaumes pour une messe », disait de