FUITE DE JACQUES IL QE
tement abusé et sur les ressources de Jacques IT et sur l’état de l'Angleterre : il avait cru à une guerre civile prolongée qui lui donnerait le temps d'intervenir à sa convenance, et il voyait le roi d'Angleterre chassé sans coup férir ‘ par l'abandon presque unanime de son peuple plus que par la force matérielle ! chute moins tragique, mais plus extraordinaire et d’une signification plus profonde encore que le supplice de Charles Ier!
La chute de Jacques IT fut pour le génie de l'Angleterre l’occasion de la manifestation la plus décisive par laquelle il se soit révélé dans l’histoire. La révolution de 1640 avait recu, au moins un moment, de la secte enthousiaste des Indépendants quelque chose d’idéal, de théorique, d’absolu, étranger à l'esprit anglais : dans la révolution de 1688, ce fut bien le génie de l’Angleterre qui agit selon ses tendances propres et qui imprima son cachet original.
A la nouvelle de la fuite du roi, les pairs d'Angleterre, comme gardiens héréditaires des intérêts nationaux, invitèrent le prince d'Orange à se charger du gouvernement jusqu’à la réunion d’une Convention nationale (Convent), terme emprunté à l'Écosse pour désigner un parlement extraordinaire convoqué par nécessité en dehors des formes. Les pairs invitèrent le prince à convoquer la Convention. Guillaume, ne se jugeant pas suffisamment autorisé, réunit les anciens députés qui avaient siégé aux communes sous Charles IT, avec le corps municipal de Londres, et se fit confirmer, par cette assemblée, la délégation conférée par les pairs (5 janvier 1689). IL convoqua, aussitôt après, la Convention, qui s’ouvrit le 1° février.
Trois partis s'étaient dessinés pendant les élections : les whigs, les tories et les royalistes purs, qu’on nomma plus tard jacobites. Ceux-ci eussent souhaité qu'on rappelât le roi, moyennant garanties pour la religion protestante et pour les libertés publiques. La faiplesse de ce parti ne lui permit pas de jouer aucun rôle
lui, avec plus d'esprit que de convenance, l'archevêque de Reims Le Tellier. — Jacques déclara aux jésuites de la rue Saint-Antoine qu'il était afilié à leur societé, ce qui ne le releva pas beaucoup aux yeux des Parisiens.
1. Il y eut quelques petites escarmouches dans les provinces, mais pas un coup de mousquet à Londres ni aux environs.
dans la Convention et l’obligea de se fondre dans les tories, qui demandaient qu’on interdit l'exercice de la souveraineté à Jacques IT, comme s'étant montré incapable de régner, mais qu’on lui laissât le titre de roi, inamissible, selon eux, et qu’on établit une régence. Les whigs, enfin, prétendaient que le roi fût déclaré déchu et le trône vacant. Les tories avaient la majorité dan. la chambre des lords; les whigs dans la chambre des communes, où affluèrent les presbytériens ‘. Parmi les whigs, ceux qui voulaient porter le moins d’atteintes possible à la monarchie? étaient d'avis qu’en écartant le roi et son fils contesté, on transférât la couronne à l’héritière présomptive, à la princesse d'Orange : d’autres proposaient d’adjuger la couronne par élection à Guillaume; le plus grand nombre voulaient Guillaume et sa femme; quelques-uns, c’étaient les républicains logiciens, entendaient que Jacques fût déposé juridiquement, que le gouvernement anglais fût déclaré dissous et que la nation procédât à constituer un gouvernement nouveau. Guillaume, après avoir laissé Les questions s'engager, intervint en déclarant à quelques-uns des chefs de partis qu’il n’accepterait ni la régence sous la royauté nominale de son beau-père, ni l’administration du royaume sous la royauté de sa femme; que, s’il n’était appelé à régner de son chef et pour toute sa vie, il s’en retournerait en Hollande et ne se mêlerait plus des affaires de la Grande-Bretagne. L'effet fut décisif. Les communes, ne voulant pas suivre la logique rigoureuse des républicains et faire le procès au roi, déclarèrent que Jacques IT avait rompu le contrat originel et abdiqué par sa désertion, qu’en conséquence le trône était vacant. Elles posèrent en principe qu'un papiste ne pouvait être appelé à régner sur l'Angleterre protestante. Les Lords refusèrent d’abord d'admettre que le trône fût vacant; puis, sous la pression des communes et surtout de lopinion publique, la majorité se déplaça dans la chambre haute, et la déclaration de vacance passa, malgré les efforts de la plunart des évèques; on écarta la question controversée de la légi-
sérieux.
8. C’étaient moins des whigs purs qu’une petite fraction détachée des tories.