AUTRICHE, TURQUIE ET POLOGNE
l’année précédente,avait demandé secours à la diète de Ratisbonne, aux électeurs, aux princes, aux cercles de l'Empire. L'assistance réclamée avait été accordée ; mais quoique la diète eût récemment amélioré l’organisation militaire des cercles, il fallait s'attendre encore à bien des lenteurs et à des secours insuffisants devant un tel péril. L’Autriche l'avait compris et avait adressé en même temps son appel à une force militaire plus irrégulière, mais plus active que le corps germanique, à la Pologne. Il y eut à Varsovie une lutte diplomatique très-vive, où l'ambassadeur d'Autriche eut pour auxiliaire le nonce du pape et pour adversaire l'ambassadeur de France. Si la Pologne eût refusé ou seulement différé de promettre son concours à Léopold, l'Empire eût été réduit à implorer l'épée de la France, et le rêve de Louis XIV, l'élection du dauphin à la couronne des Romains, eût été bien près de se réaliser. L’ambassadeur français n’épargna rien pour rassurer Sobieski sur les projets et sur la puissance réelle des Turcs, et pour lui prouver que la Pologne n’avait rien à perdre à la ruine de la maison d'Autriche. La haine des infidèles, l'esprit religieux et chevaleresque, l’emportèrent. Le 31 mars 1683, un traité d’alliance fut signé à Varsovie entre l’empereur et Le roi de Pologne : Sobieski promit contre les Othomans un contingent de 40,000 hommes. Louis XIV, à ce qu’il semble, espéra encore que ce traité ne serait pas mis à exécution et que l’Empire serait obligé de recourir à la France. De grands mouvements de troupes eurent lieu sur la frontière française. A la fin de mai 1683, la cour partit de Versailles pour les provinces de l’est : Louis passa le mois de juin à inspecter les garnisons de l’est et les quatre camps établis à Bellegarde en Bourgogne, à Molsheim, à Bouquenon et à Sarre- Louis. L'Allemagne regardait avec anxiété cet armement, ne sachant trop si elle n’allait pas être prise entre les Turcs et les Français. Telle n’était pas l'intention de Louis XIV : il voulait bien exciter indirectement les Turcs, mais non pas compromettre la couronne très-chrétienne par une alliance publique avec le turban. Il fit au contraire à l’empereur des offres de secours. Plus fier ou plus aigri qu’en 1664, Léopold refusa !. Louis retourna de
1. Hém. müitaires de Feuquières, t. I, p. 97. — Mém, de St-H... (Saint-Hilaire), t. 1, p. 338.
Lorraine à Versailles dans le courant de juillet, mais il laissa ses troupes rassemblées et prêtes à marcher.
Pendant ce temps les Turcs étaient devant Vienne
Au commencement de juin, le duc Charles de Lorraine, géné ralissime de l’empereur, avait essayé de prendre l'offensive par une diversion contre la Haute-Hongrie; mais la marche des Turcs à travers la Basse-Hongrie l'avait bien vite rappelé au sud du Danube. Le passage du Raab, victorieusement défendu en 1664, fut forcé cette fois et le duc Charles n’eut que le temps d’opérer sa retraite sur Vienne, pour ne pas être englouti par la masse énorme des assaillants. On prétend que le grand-vizir comptait sous ses ordres près de deux cent mille combattants, outre la multitude de gens inutiles que les armées asiatiques traînent à leur suite. Des nuées de Tatares, de Serbes, de Transylvains, de Valaques, avaient grossi l’armée othomane, sans compter les Magyars de Tekeli, qui opéraient sur l’autre rive-du Danube. Il semblait qu'on fût revenu au temps des invasions barbares. À la première nouvelle de l’approche des Turcs, l’empereur s'enfuit avec toute sa famille, parmi les imprécations et les cris de désespoir du peuple. Il ne s'arrêta qu’à Passau. La moitié de la population de Vienne suivit l'exemple de Léopold. Le brave duc de Lorraine accourut rassurer la capitale abandonnée de son souverain, qui n’avait rien prévu, rien préparé pour la défense. Le duc Charles renforça la garnison, enrôla les bourgeois et les étudiants, fit brûler les beaux et vastes faubourgs, retrancha du mieux qu’il put les dehors de la ville, puis mit le Danube entre sa petite armée et les Turcs, qui, le 14 juillet, plantèrent leurs tentes sous les murs de Vienne.
La petite armée impériale ne put que repousser Tekeli et empêcher l'ennemi de s'étendre sur la rive septentrionale du Danube; elle était hors d’état de troubler les opérations du siége. Les secours allemands tardaient; la Pologne n’avait encore envoyé que quelques troupes légères; l’ombrageux Léopold n’avart voulu appeler Sobieski qu’à la dernière extrémité. On y touchait, à cette extrémité, et l’empereur tendit des mains suppliantes vers le roi de Pologne. Sobieski, blessé des procédés de Léopold, avait paru très-refroidi, à l'appel désespéré qui lui fut adressé, la générosité