LA GRANDE ALLIANCE
L'exaspération de l'Allemagne ne saurait se décrire. La diète décréta l’expulsion des Français employés, commerçants, domestiques ; hors des états germaniques, tout commerce fut interdit avec la France, sous peine de haute trahison. L'Allemagne mit les Français au ban de l’Empire : elle eût voulu les mettre au ban de tout l'univers. Léopold profita froidement de l’effervescence générale afin de resserrer les liens de la coalition et de poursuivre la transformation de la Ligue d’Augsbourg en un pacte bien autrement redoutable à la France et bien autrement avantageux à la maison d'Autriche. Le 12 mai, avant que la dévastation de la rive gauche du Rhin eût comblé la mesure, un traité défensif et offensif avait été signé à Vienne entre l’empereur et les Provinces-Unies pour le rétablissement intégral des Traités de Westphalie et des Pyrénées. Les deux parties s’engageaient à ne pas poser les armes et à ne pas se séparer, que la France n’eût reperdu toutes les conquêtes de Louis XIV. Par un article séparé, les Hollandais, afin d’écarter les dangereuses prétentions du dauphin de France à la succession d’Espagne et à la couronne des Romains, promettaient d'aider l’empereur ou ses héritiers à se mettre en possession de la succession d’Espagne et de favoriser de leur influence l’élection du roi de Hongrie comme roi des Romains. C’eût été une singulière façon de rétablir l’équilibre européen, que de réunir l’Empire et l'Espagne; mais les Hollandais étaient emportés par la passion. Le nouveau roi d’Angleterre et le roi d'Espagne adhérèrent successivement au nouveau traité, qui fut appelé la Grande-Alliance (30 décembre 1689 — 6 juin 1690) !.
Les armées allemandes s'étaient formées un peu lentement, comme toujours, mais puissamment : elles étaient en mesure d'agir avec vigueur tout à la fois sur le Rhin et sur le Danube. Tandis que le prince Louis de Bade prenait le commandement en Servie contre les Turcs, plus de quatre-vingt mille hommes s’avançaient en trois corps dans les provinces rhénanes, sous les ordres du duc de Lorraine et des électeurs de Bavière et de Brandebourg ?. Le prince de Waldeck commandait de plus, en Bel-