‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 66 sur 341 · Dumont, t. VI), 2° partie; p · texte numérisé non relu

Dumont, t. VI), 2° partie; p

2. L. Guérin, Hist. maritime de la France, t. IX. p. 5. — Sainte-Croix, Hist. de la puissance navale de l'Angleterre, t. II, p. 13, 379.

nlk LOUIS XIV, (1589)

raux ayant envoyé chacun un bâtiment à la découverte, les deux vaisseaux se battirent : l'anglais fut pris. Les alliés se retirèrent dans la Manche, ne s’occupant que d’assurer le retour de leur flotte marchande de Smyrne, et le roi, sur l’avis de Louvois, prudent par jalousie, défendit à Seignelai de les suivre et de hasarder cette terrible chance sans nécessité. C'était déjà une grande gloire que d’avoir vu les deux marines combinées éviter le choc.

Pendant que les flottes étaient en présence, des frégates françaises, détachées dans les mers de Hollande et d'Irlande, y avaient livré de brillants combats et pris ou détruit plusieurs vaisseaux de guerre ; les fameux corsaires Jean Bart et Forbin, moins heureux que leurs camarades, furent pris après une lutte héroïque soutenue avec quarante canons contre cent : conduits en Angleterre, ils s’'échappèrent et gagnèrent la ‘côte de Bretagne dans un simple canot. Ils ne tardèrent pas à tirer une ample vengeance de leur mésaventure. Les corsaires français exercèrent de tels ravages, que le commerce anglais en poussa des clameurs désespérées et que la popularité de Guillaume IT en fut fort ébranlée.

La guerre d'Irlande n’allait malheureusement pas aussi bien que la guerre de mer. Jacques IT n’était plus que l’ombre de ce : qu’il avait été dans sa jeunesse : l’homme de guerre, chez lui, était descendu au niveau du politique. Si Jacques eût su tirer parti des ressources et de l’ardeur des catholiques irlandais, les protestants de l’Ulster, malgré la supériorité morale de cette population vigoureusement trempée, eussent succombé sous le nombre; mais Londonderry fut très-mal attaqué et très-bien défendu. Les assiégés, abandonnés par leur chef militaire, avaient trouvé dans un homme d’église, dans le recteur Walker, un héros dont l'exemple provoqua de leur part des prodiges de valeur et de constance. Après plus de cent jours de blocus et de siége, ils mouraient de faim sans vouloir se rendre, quand des vaisseaux chargés de vivres parvinrent enfin à forcer une estacade qu barraït la rivière de Fin (28 juillet). Le siége fut levé. Les catholiques n'avaient pas été plus heureux contre un autre corps protes-

1. Mém, de Villette [chef d’escadre sous Tourville}, p. 96. — L. Guérin, t. 11, p. 11.

1689] GUERRE D'IRLANDE, 145 tant qui s'était retranché à Ennis-Killeen, dans une île du Lough- Earne. Le 23 août, l’ex-maréchal de Schomberg descendit sur la côte d'Ulster avec une petite armée. I] rallia tous les protestants, chassa les jacobites de toute la province et se maintint sur les confins de l’Ulster et du Leinster, en présence des forces supérieures du roi Jacques, qui n’osa l’attaquer, et malgré les maladies qui désolaient son camp. La cause de Jacques, sur ces entrefaites, avait été entièrement perdue en Écosse par la mort du vicomte de Dundee, tué en combattant à la tête de ses montagnards. En Irlande, les actes politiques de Jacques lui nuisaient plus encore que son inertie militaire; son gouvernement n’était qu’un mélange d’anarchie et de tyrannie, vivant de spoliations ‘, de monopoles et de fausse monnaie.

La guerre s’était étendue, cette année, dans toute la largeur de l’Europe, depuis la mer d'Irlande jusqu’à la mer Noire. Les Impériaux , secondés par une triple diversion des Vénitiens en Grèce, des Polonais en Podolie et des Russes dans la nouvelle Tatarie, avaient envahi la Servie et la Bulgarie. Le prince Louis de Bade avait battu deux fois les Turcs et pris Widdin. L’Angleterre, la Hollande et la diète germanique pressèrent de nouveau l’empereur d'accorder la paix au sultan ; mais Léopold , plus ambitieux de cœur, sous sa froide et terne enveloppe, que Louis XIV lui-même au milieu de ses rayons, l’obscur et médiocre Léopold prétendait à la fois pousser ses armes victorieuses jusqu’à Constantinople et se faire assurer la succession d’Espagne par ses alliés, c’est-à-dire qu’il rêvait à son tour l’empire de l’Europe. Il fit aux Othomans des conditions inacceptables et la guerre continua, fort à propos pour la France. Les alliés de Léopold avaient été moins heureux que lui : les Polonais, dépourvus de bonne artillerie, n’avaient pu reprendre Kaminiek, et les Russes avaient été battus par les Tatares du côté de Pérékop.

L'espoir conçu par les coalisés d’entraîner les états scandinaves ne s'était pas complétement réalisé. À la vérité le Danemark,

1. On ne pouvait s'étonner que Jacques rendit ou laissât reprendre aux héritiers des Irlandais spoliés par Cromwell les biens donnés aux conquérants anglais ; la prescription n’est pas admissible quand il s’agit de tout un peuple; mais il n’était

pas juste, après quarante ans et plus, de ressaisir ces biens sans indemnité pour les acquéreurs de bonne foi, ni pour les améliorations faites,

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