‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 69 sur 341 · Œuvres de d'Aguesseau, t. XII, p · texte numérisé non relu

Œuvres de d'Aguesseau, t. XII, p

cinquante - deux régiments de milices. La révolte, extérieurement comprimée, survécut et s’envenima dans les cœurs *.

Triste ressource que d'employer une partie de la France à surveiller l’autre, la pique sur la gorge ! et cela en présence de la cuerre universelle. On n’avait pas eu besoin de tels expédients durant les autres guerres! Un homme, aussi grand par le cœur que par l'intelligence, Vauban, fit entendre au pouvoir la voix de la France, non pas de la France égarée un moment par les préjugés et l’esprit de système, mais la voix du génie éternel de la patrie. Il parla comme eût fait l’Hospital. Il demanda au plus redoutable agent du mal de réparer le mal. Il présenta à Louvois un mémoire où il exposait les funestes conséquences politiques et morales qu'avait eues la révocation et proposait hardiment la rétractation de tout ce qui s'était fait depuis 1680, le rétablissement des temples, le rappel des ministres, la liberté du choix pour les protestants qui avaient abjuré par contrainte, avec l'amnistie générale pour les fugitifs; enfin, la réhabilitation de tous les condamnés pour cause de religion ?.

Vauban ne fut point exaucé et ne pouvait l'être. Il eût fallu à Louis XIV une grandeur surhumaine pour confesser ainsi son erreur devant l'univers et pour descendre volontairement du piédestal où l’on avait élevé le destructeur de l'hérésie. « Comment», écrivait madame de Maintenon, « comment quitter une entreprise sur laquelle il à permis qu’on lui donnât tant de louanges ? » On ne quitta pas l’entreprise, mais on fit pourtant une grave concession aux conjonctures dont parlait Vauban. Une ordonnance du 12 mars 1689 avait déjà permis aux fugitifs qui serviraient le roi de Danemark ou se retireraient à Hambourg, de toucher la moitié de leurs revenus, ce qui avait pour but de les retirer du service ennemi. Un édit bien plus important, du 7 décembre, enjoignit de rendre les biens confisqués sur les fugitifs à leurs héritiers, à condition de ne pas les aliéner avant cinq ans. Aucune condition de religion n'étant imposée aux héritiers, les parents protestants restés en France reparurent aussitôt et réclamèrent leurs droits. Dans les seules élections de La Rochelle et de Marennes, on leur

1. Noaïlles, Histoire de Maintenon, t. Il, p. 559. 2. Rulhière, Éclaircissements sur les causes de la Révocation, ete., p. 257.

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