SIÉGE DE VIENNE. SOBIESKI
polonaise l’emporta. « Si Varsovie, Cracovie et Vienne étaient « assiégées à la fois, » s’écria-t-il, « je quitterais les deux pre- « mières pour courir à la troisième ‘!» Il partit à la tête de quinze mille lances.
Si les Turcs eussent été commandés par un Soliman le Grand ou même par un Kiouprougli, le secours fût arrivé trop tard; tout le courage des Viennois et de leur garnison n’eût jamais pu prolonger la résistance durant près de deux mois; mais Kara- Mustapha, plein d’orgueil et d’ineptie, abîmé dans le luxe et les voluptés, ressemblait davantage aux Xerxés et aux Darius qu'aux redoutables conquérants osmanlis dont il prétendait suivre la trace. Il se croyait si sûr de sa conquête, qu’il ménageait la ville et ne voulait pas la prendre d’assaut, de peur d’être obligé de livrer à ses soldats les trésors qu’il s’imaginait trouver dans le palais impérial. Les défenseurs de Vienne étaient épuisés, leurs fortifications à demi ruinées; mais le mécontentement, le désordre régnaient dans le camp des assiégeants, qui ne se sentaient pas dirigés. Le 12 septembre, l’armée germano-polonaise descendit enfin des hauteurs de Kalenberg, qui commandent Vienne au nord-ouest et dont le grand-vizir n'avait pas même songé à occuper les défilés. Soixante-dix mille combattants, que conduisaient Sobieski, Charles de Lorraine, les électeurs de Bavière et de Saxe et une foule de princes allemands, marchèrent droit au camp des Turcs. Les Othomans étaient encore plus que doubles en nombre de leurs adversaires; mais le grand-vizir ne sut pas mieux se défendre qu’il n’avait su attaquer. Après avoir vu ses avants-postes emportés, il battit en retraite sur le soir avec tant de précipitation, qu’il oublia dans sa tente l’étendard du prophète. Sobieski envoya au pape cette oriflamme des infidèles. La nuit et la lassitude des vainqueurs sauvèrent l’armée fugitive; mais toutes les richesses accumulées dans ce camp de barbares fastueux restèrent entre les mains des libérateurs de Vienne, avec une immense artillerie et des provisions innombrables ?.
1. La Cour de France turbanisée. Cologne, 1686, p. 83. C’est un pamphlet impérialiste assez curieux. — L'anecdote malveillante racontée par Choisi sur le départ de Sobieski est évidemment fausse et ridicule. Hem. de Choisi, p. 666.
2. Les chaînes qui liaient le pont de bateaux jeté par les Turcs sur le Danube sont
Le yeuple de Vienne reçut Sobieski comme le Messie, ou comme notre Orléans avait autrefois reçu Jeanne Darc. Quant à l’empereur, portant avec l’impatience des petites âmes le fardeau de la reconnaissance, il n’eut d’autre souci que le maintien de l'étiquette impériale dans son entrevue obligée avec Sobieski. On débattit dans son conseil la question de savoir comment un empereur devait recevoir un roi électif. « À bras ouverts, s’il à sauvé l’em- « pire! » s’écria le généreux duc de Lorraine. Le duc Charles ne fut pas mème compris. Léopold et Sobieski ne se virent qu’à cheval et en rase campagne. Léopold ne trouva pas un mot, pas un geste pour remercier l’homme auquel il devait son empire. L’impression de son étrange accueil fut telle sur les Polonais, qu'ils regrettèrent d’avoir « sauvé cette orgueilleuse race : ils «auraient voulu qu’elle eût péri pour ne plus se relever. » Ils semblèrent pressentir ce que leur patrie devait attendre un jour de la reconnaissance autrichienne !.
Leur mécontentement ne diminua pourtant pas leur vaillance ; ils ne retournèrent chez eux qu'après avoir aidé les Allemands à poursuivre les Turcs en Hongrie et à tailier en pièces une partie de l’armée othomane auprès de Strigonie (ou Gran), dans une bataille beaucoup plus sanglante que n’avait été celle de Vienne : Strigonie, métropole ecclésiastique de la Hongrie, qui était au pouvoir des Infidèles depuis trois quarts de siècle, retomba dans les mains des chrétiens (8 octobre 1683) ; beaucoup de places, des deux côtés du Danube, se soumirent à l’empereur.
À peine la campagne fut-elle terminée sur le Danube, que l’attention de l’Europe fut rappelée sur un autre théâtre, et que les Français rentrèrent en lice à leur tour.
Louis XIV, au printemps de 1682, avait suspendu la revendication à main armée de ses prétentions contre l’Espagne, pour ne pas diviser, disait-il, les forces de la chrétienté menacée. Il ne soutint pas cette générosité jusqu’au bout. L'Espagne s’opiniâtrait Fons de Paris, où Napoléon les a fait transporter Aires la prise de
, L V. Lettres de J. Sobieski, publiées par M. de Salvandi ; Paris, 1826. — Jém. de Choisi, p. 642, pour les détails de l’ingratitude des Autrichiens. — Mëm. de M. de **, ap. Collect. Michaud, 3° sér., t. VII, p. 633. — Histoire de J. Sobteshi, par M. de Satvandi. — Coxe, Histoire de la maison d'Autriche, t. IV; cLxvr.