‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 78 sur 341 · LES BARB£TS. CATINAT · texte numérisé non relu

LES BARB£TS. CATINAT

forces du duc de Savoie et aux protestants français et piémontais réfugiés en Suisse et en Souabe. Il sut que l’empereur promettait au duc de traiter ses ambassadeurs sur le même pied que ceux des têtes couronnées, grand objet d’ambition pour la maison de Savoie, à condition que le duc payät la solde d’un corps allemand qu’on enverrait à son aide. La véracité de ces informations fut confirmée par la conduite du duc envers les barbets ou insurgés vaudois des Alpes. Les Vaudois n’avaient pas tous péri ou émigré au loin. Dès que les troupes françaises eurent évacué les hautes vallées, après les massacres de 1686, ces pauvres gens avaient commencé à reparaître dans les lieux les mieux abrités de leurs montagnes, et le duc, une fois en relations avec les ennemis du roi persécuteur, avait fermé les yeux sur le retour des exilés. La grande guerre commencée, une bande nombreuse de Vaudois était revenue de Suisse et de Genève en forçant le passage du petit Mont-Cenis; ils occupaient la vallée de Saint-Martin et faisaient une guerre de partisans contre les garnisons de Pignerol et des forts voisins. Les officiers du duc ne secondaient les Français que très-mollement. Sur la fin d'avril, Catinat vint prendre le commandement d’un petit corps d’armée qui se rassemblaït en Dauphiné. Le roi prévint le duc que ces troupes, destinées à opérer contre le Milanais, auraient à traverser son territoire; avant qu’elles fussent entièrement réunies, il lui demandait d'aider Catinat à chasser les barbets des montagnes : le duc chargea un de ses généraux de concerter avec Catinat l’assaut des Quatre-Dents, poste presque inaccessible où les barbets s'étaient retranchés, au fond de la vallée de Saint- Martin. Au jour convenu, les Français attaquèrent : les Piémontais ne parurent pas; la neige et les difficultés du terrain obligèrent d'abandonner l'attaque (3 mai).

En rentrant à Pignerol, Catinat reçut coup sur coup deux courriers du roi pour le duc. Louis exigeait que Victor-Amédée réunit toutes ses troupes à l’armée de Catinat et qu’il reçüt garnison française à Verceil, à Verrue et dans la citadelle de Turin, jusqu’à la paix générale. L'armée de Catinat soutint ces impérieuses dépêches en descendant des montagnes sur Carignan, dans la valléc du Pô (9 mai). Le duc, effrayé, s’efforça de gagner du temps, pressant, d’une part, les secours promis par la Ligue et, de l'autre,

132 LOUIS XIV, (1690) tàchant de fléchir le roi. Il n’étaitpas encore définitivement engagé avec la Ligue et, si le roi, comme il le demandait, eût consenti à le traiter en prince souverain: et eût renoncé du moins à occuper sa capitale, il eût probablement reculé devant les chances de la lutte contre la France. Louvois empêcha toute concession et n'épargna, ni dans le fond ni dans la forme, rien de ce qui pouvait pousser le duc aux dernières extrémités. On a voulu voir un odieux calcal dans cette conduite du ministre, qui ne trouvait pas, at-on dit, que la France eût jamais assez d’ennemis et qui n'espérait se maintenir qu'en multipliant les périls autour de son maître. Il était bien capable d’une telle combinaison; néanmoins, son arrogance et sa brutalité naturelles suffisent à expliquer ses procédés. Le duc, sommé de céder avant le 24 mai, écrivit, le 20, au roi qu’il se soumettait, mais qu’il le suppliait de se contenter d'une autre place en échange de Turin, Pendant ces pourparlers, un corps de réserve laissé par Catinat dans les montagnes et composé en majeure partie de milices emportait, par une seconde attaque, le poste des Quatre-Dents : la plupart des barbets s’échappèrent à la faveur d’un épais brouillard (23 mai) ".

Quelques jours après, Catinat reçut du roi l’ordre d'occuper Turin, Verceil et Verrue, conformément à la promesse de Victor- Amédée. Le général français signifia ses instructions au duc. Gelui-ci répondit de telle sorte que Catinat jugea la rupture inévitable. Sur ces entrefaites, le vent avait changé à Versailles : le roi s'était repenti de sa dureté et avait résolu de se contenter que Carmagnole, Suse et Montmélian fussent remis en dépôt à une puissance neutre, à la république de Venise, qui les garderait comme caution de la conduite de Victor-Amédée, à condition que l'empereur et l'Espagne souscrivissent à la complète neutralité de l'Italie ?.

Il était trop tard : un double traité avait été signé, les 3 et 4 juin, par le duc de Savoie avec l'Espagne et l’empereur, qui lui promettaient des secours considérables, Pignerol, quand on l’aurait pris, et une part dans les conquêtes qu’on pourrait faire de

1. Sur les procédés de Louvois.envers le duc, voyez Gourville, p. 482. —- La Fare. ÿe 207. |

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