‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 80 sur 341 · Dumont, ibid., p · texte numérisé non relu

Dumont, ibid., p

2. Les paysans piémontais, race rude et vaäleureuse, s'étaient mis à faire la petite guerre, à l'exemple des Vaudois. Suivant le vieux et barbare droit de la guerre qu’on pouvait croire tombé en désuétude, Catinat fit pendre les deux syndics d'un village, « pour'avoir souffert que leur communauté prit les armes coutre une armée entière. » Tous les paysans qu’on trouvait avec des armes, des balles ou de la poudre, étaient arrêtés, remis au prévôt et pendus, Comme on en prenait une trop grande quantité et que le prévôt ne pouvait suffire aux exécutions, Catinat permit aux soldats de les tuer. On brüûla impitoyablement tous les villages et les maisons de campagne qui refusaient de payer la contribution de guerre, Voy. Mém. de Catinat, #. I°7, p. 72 et suiv.

combattre. Les Français, qui avaient commencé d'attaquer Saluces, firent volte-face. Le duc les attendait dans un poste avantageux, mais dont il n’avait pas su tirer tout le parti possible : des marais couvraient ses deux ailes et, en avant des marais, des cassines (cascine, maisons de campagne) garnies d'infanterie présentaient un premier obstacle aux assaillants. Les Français attaquèrent le lendemain matin. Rien n’arrêta leur élan. Les cassines furent emportées après une vive résistance ; le marais de droite fut franchi par l'infanterie, qui, s'appuyant à une vieille digue du Pô que le duc de Savoie avait négligé d'occuper, prit en flanc la ligne ennemie. Sur la gauche, l'ennemi, protégé par sa situation, se défendait opiniâtrément; mais la cavalerie française parvint enfin à traverser le second marais. Alors l’armée hispano-piémontaise, malgré la supériorité du nombre, se trouva débordée et prise entre deux feux ; elle se rompit etse précipita en désordre dans les bois et les fourrés qui s’étendaient en arrière de sa position. Un jeune officier-général parvint à empêcher cette retraite de se changer en déroute complète : c'était le prince Eugène de Savoie-Soissons, qui était venu apporter à son cousin Victor- Amédée le secours d’une épée déjà essayée en Hongrie et sur le Rhin. L’ennemi avait perdu quatre à cinq mille hommes et onze canons. Les Français avaient eu un millier d'hommes tués ou blessés. Plusieurs régiments de milices avaient pris part, auprès des troupes de ligne, à cette brillante journée, qu’on nomma la bataille de Staffarde, du nom d’une abbaye voisine .

L'armée ennemie, battue, mais non détruite, se rallia à Poncalieri et à Carignan, couvrant Turin. Le prix immédiat de la victoire ne fut que l’occupation de Saluces et de quelques autres petites villes, et la possession de la plaine qui s'étend des Alpes au Tanaro. Dans le courant d'octobre, Catinat renvoya ses malades, ses blessés, la plupart de ses équipages, en Dauphiné, comme s’il eût été sur le point d'aller y prendre ses quartiers d'hiver ; puis, au lieu de repasser les Hautes-Alpes, il se porta brusquement vers Suze, par les cols extrêmement difficiles qui joignent le val du Cluson à celui de la Petite-Doire. Le fameux pas de Suse fut éva-

1. Mém de Catinat, t. L‘', p. 85 et suiv. — Mém. de Feuquières.

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