‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 81 sur 341 · BATAILLE DE STAFFARDE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE STAFFARDE

cué par l'ennemi, et la citadelle se rendit en présence de l’armée hispano-piémontaise, qui venait au secours, renforcée de cinq ou six mille Allemands et de trois ou quatre mille Espagnols (8-14 novembre). Les Français furent ainsi maîtres des deux principaux débouchés du Dauphiné en Piémont, Suze et Pignerol.

Durant ces opérations en Piémont, dix mille hommes de milices et d’arrière-ban avaient occupé, sans beaucoup de résisænce, toute la Savoie, excepté Montmélian. L'identité de langue et de mœurs, et les habitudes de bon voisinage, ne permettaient pas aux montagnards savoisiens de ressentir la même répugnance qu’éprouvaient les Piémontais pour l'invasion française.

Les premiers revers éprouvés par le duc de Savoie l'avaient obligé de resserrer plus étroitement ses liens avec les alliés : le 20 octobre, son agent à La Haie avait conclu avec l'Angleterre et la Hollande un traité par lequel ces deux puissances lui promettaient quelques subsides, et lui, de son côté, s’engageait dans la Grande Alliance pour le rétablissement des traités de Westphalie et des Pyrénées. Par un article secret, il accordait l'abolition de ses édits contre les Vaudois et la liberté religieuse pour eux et pour les réfugiés français qui s’établiraient dans leurs vallées. Une partie du subside devait être employée à solder Vaudois et réfu- BICS

La guerre continentale, envisagée dans son ensemble, avait donc tourné jusqu'ici à l’avantage de la France, quoique, par la faute du gouvernement français, ses ennemis se fussent accrus en nombre et ses succès n’eussent pas produit tous leurs fruits. Les alliés, de leur côté, n'étaient pas encore suflisamment éclairés par les souvenirs de la guerre de Hollande, et les rivalités, les tiraillements, les prétentions et les calculs personnels des princes allemands avaient mis dans leurs mouvements une lenteur et des embarras qui avaient fort contribué à paralyser la ligue sur le Rhin et à la faire battre en Belgique.

Des événements plus éclatants encore et de plus grande conséquence se passaient pendant ce temps sur les côtes d'Angleterre et d'Irlande. Au mois de mars, l’escadre de Brest, forte de trente-

L Dumont, t. VII, 2° part., p. 272,

six vaisseaux de guerre, transporta de Brest en Irlande six à sept mille soldats français, avec une grande quantité d'armes et de munitions. Quelques semaines après, elle ramena en France les troupes irlandaises que Jacques IT avait promises à Louis XIV par voie d'échange. L’allée et le retour de l’escadre s’opérèrent sans difficulté. Les marines anglaise et hollandaise avaient récemment souffert d’une tempête qui avait valu pour elles une bataille perdue : les Anglais avaient eu huit vaisseaux de guerre et plus de cent cinquante vaisseaux de commerce naufragés, et ne s'étaient pas trouvés en mesure de disputer le passage aux Français. L’expédition d'Irlande n’était que le début de la campagne. On avait de plus grands projets. Brest, après le retour de sa puissante escadre, vit successivement arriver dans son port l’escadre de Toulon, amenée par Château-Renaud, qui avait franchi le détroit de Gibraltar en présence d’une escadre alliée supérieure en forces, puis tous les navires disponibles des ports du Ponant, et enfin quinze galères construites en trois mois à Rochefort par ordre de Seignelai, qui voulait essayer d'utiliser sur l'Océan cette sorte de navires que le calme n’arrête pas. Le ministre de la marine déployait une activité dont on cite des traits fabuleux ‘. Le 23 juin, la flotte française, au grand complet, sortit de la rade de Brest, sous les ordres de Tourville, nommé vice-amiral du Levant à la fin de 1689 : elle comptait soixante-dix -huit vaisseaux de guerre, dont soixante-trois au-dessus de cinquante canons ?. Les côtes de France n'avaient jamais rien vu de si terrible ni de si magnifique : Seignelai, oublieux des maximes de son père, qui voulait à bord de nos navires de guerre une mâle simplicité, les avait surchargés d'un luxe ruineux : le vaisseau amiral /e Royal-Soleil était pavoisé d’enseignes de cinquante pieds et de flammes de cent trente et cent quarante pieds en damas brodé ?. Heureusement que ce faste

L. On prétend qu’il fit construire, caréner, gréer, mâter et mettre à la voile, ‘en neuf heures de temps, à Toulon, une frégate de 40 canons; qu'à Marseille, ‘il fit mettre sur chantier, quatre heures sonnant, la quille d’une galère, et qu'avant midi, il sortit du port sur cette galère gréée et armée. Nous avons peine à citer des faits aussi étranges, quoique nous les trouvions dans un historien sérieux, M. L. Guérin, Histoire maritime de France, t. Il, p. 17.

2. Nous suivons l’état donné par Quinci, t. IT, p. 319; celui de M. E. Sue ne mentionne que 64 vaisseaux.

Page 1