‹ Histoire De France Volume 14Chapitre 82 sur 341 · E. Sue, t. IV, p · texte numérisé non relu

E. Sue, t. IV, p

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n'avait point amolli nos marins; on en.eut bientôt la preuve! La flotte, contrariée durant quelques jours par le vent, entra, Je 29 juin, dans la Manche.

Le 24 juin, le lendemain du jour où Tourville avait quitté le mouillage de Brest, Guillaume IIT était débarqué en Irlande. Retenu jusque-là par les graves débats politiques de l’Angleterre, par les élections et les premières discussions d’un nouveau parlement, Guillaume avait envoyé successivement à Schomberg toutes les forces dont il pouvait disposer, ei il allait enfin se mettre à la tête de son armée pour .en finir avec Jacques IL par un coup décisif.

Ce choc, Louis XIV avait conseillé à Jacques de l’éviter. Le Grand Roi avait proposé à son allié un plan excellent : c'était de ne point accepter la bataille et de traîner la guerre en longueur ; les frégates françaises, détachées de la flotte, iraient enlever, sur la côte d'Irlande, les transports qui avaient amené Guillaume et couperaient ses communications avec l’Angleterre; pendant ce temps, la flotte française devait attaquer la flotte ennemie dans Ja Manche et s’efforcer de déterminer en Angleterre .ce soulèvement royaliste que promettaient.les partisans de Jacques IT. La flotte française se mit en devoir de remplir le rôle qui lui était assigné dans ce plan. Le 2 juillet, elle fut en vue des ennemis, dans les eaux de l’île de Wight. Les Anglais et les Hollandais réunis étaient inférieurs aux Français, sinon par le nombre des canons, au moins par le nombre des navires : ils n'avaient que cinquante-cinq à soixante vaisseaux.de ligne, pour la plupart, à la vérité, d’un trèsfort échantillon. Les deux grandes puissances maritimes n'avaient pas cru qu’il fût nécessaire de déployer toutes leurs forces, et l'amiral Herbert, qui commandait la flotte combinée, avait eu ordre de combattre sans attendre un renfort préparé en Hollande.

Cette présomption devait coûter cher aux alliés. Après quelques jours d’évolutions, la flotte anglo-batave, favorisée par le vent, prit l'offensive (10 juillet). Tourville, quoique sous le vent de l'ennemi, accepta le choc, et la bataille s’'engagea en vue de Bcachy-Head, que nous nommons le cap Bévesiers, sur la côte de Sussex. Les vingt vaisseaux de l’escadre hollandaise, qui formaient l'avant-garde ennemie, sous l’amiral Evertzen, arrivèrent à toutes

voiles avec plus d’ardeur que de prudence et sans prolonger assez leur ligne pour présenter un front égal à celui de l'avant-garde française. Château -Renaud, commandant de l’avant-garde francaise, profita de cette faute, fit revirer sur les Hollandais la tête de son escadre, qui leur gagna le vent, et les mit entre son feu et le feu du corps de bataille que dirigeait Tourville. Rien ne saurait exprimer la violence et l’opiniâtreté de cette effroyable canonnade, qui dura, sans interruption, huit heures. Le corps de bataille ennemi, commandé par l'amiral anglais Herbert, ne tenta que faiblement de dégager les Hollandais, écrasés par l'artillerie française : la plupart de cette escadre n’approcha pas plus près qu'à la grande portée du canon. L’arrière-garde anglaise, que conduisait lord Russell, attaqua beaucoup plus vigoureusementl’arrière-garde française, aux ordres de Victor-Marie d’Estrées, fils du vieux maréchal d’Estrées, mais sans gagner aucun avantage sur elle. Dès le milieu du jour, la fortune de la bataille n’était plus douteuse. Un vaisseau hollandais de soixante-huit canons avait été pris et brûlé. L’escadre hollandaise semblait entièrement perdue, et le feu des Anglais se ralentissait devant le feu supérieur des Français. Le calme qui survint empêcha les Français de pousser leur avantage et leur fit regretter vivement l'absence des gaïères que le gros temps avait empêchées de suivre la flotte. Un peu avant le soir, on avait mouillé de part et d'autre. Vers dix heures, le vent étant venu, les ennemis levèrent l'ancre pour s'enfuir. Tourville en fit autant et les suivit avec son escadre. Malheureusement, son signal ne fut point aperçu par ses deux vice-amiraux, qui restèrent à l'ancre, ct, le lendemain matin, Tourville perdit du temps pour les attendre. Les Anglais en profitèrent pour opérer leur retraite vers le Pas-de-Calais et la Taraise. La plupart des Hollandais, mutilés, démâtés, rasés, ne purent suivre leurs alliés et se jetèrent à la côte. Les Français les y assaillirent et les brülèrent ou les réduisirent à se brûler eux-mêmes. Du 10 au 15 juillet, quinze vaisseaux de ligne sautèrent ou coulèrent au pied ‘des falaises d'Angleterre. Sur les quinze, il n’y avait, à ce qu’il semble, que deux anglais. Les Hollandais payaient cher l'honneur d’avoir fait un roi d'Angleterre. Pour apprécier l’importance matérielle d’une pareille victoire, il faut se rappeler que, dans la grande journée

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